Memento des vivantsÉditions du Seuil, 1944, illustré d’une eau-forte de M. Gromaire
Ton Âme dénuée de tout sauf de ses morts pétrie du cheminement sombre de ton peuple et sur le désespoir stellaire enfin fondée Maître ! qu’il est celé ton regard dans les astres qu’elle est calme la désolation de tes mains jadis percées de cieux stridents, et devenues − à jamais effacé le sillon du navire − pétrels simples sur le bleu drap d’indifférence jeté sur toi du fond du temps ! et que tes yeux fulgurants de pensée future, ruisselants d’espaces par-delà les mornes de ce temps sont armés contre dieu de fureurs et d’abîmes et que ton front givré de pleurs est flamboyant sous le pas acharné des grands chevaux funèbres et morte que ton Âme est dure dans le chant veillée hautaine par un ange ailé de sang.
Memento des vivants, « Requiem pour Antonio Machado »
Memento des vivants, publié par les Éditions du Seuil en 1944, illustré d’une eau-forte de M. Gromaire, n’a pas été réédité en tant que recueil. Cette publication étant elle-même, en partie, la reprise de poèmes provenant d’autres volumes, elle ouvre une large perspective sur son œuvre allant des premières Élégies (1940), à Jour de colère, à Orphiques et à l’œuvre que Pierre Emmanuel avait consacrée à Hölderlin : elle aurait dû avoir pour titre Héros du langage, elle n’a jamais été publiée en tant que telle. Quelques-uns des poèmes avaient déjà paru dans la revue Hommage. Essentiellement, les pièces de ce recueil proviennent de quatre sources : Élégies (1940) ; Jour de colère et Orphiques (1942) ; Le poète fou (1944), qui pourtant paraît quelques mois plus tard. Il permet de lire, en un seul souffle, un panorama des sentiments et de la pensée chrétienne et historique, des variations de thèmes et de tons couvrant toute la période au cours de laquelle l’homme et le poète vivaient les horreurs de l’occupation. Pierre Emmanuel avait ressenti le besoin de ce retour sur ce passé et sur son œuvre. La correspondance avec Paul Flamand permet de suivre le travail sur cette publication de juillet 1943 à fin avril 1944. Le titre d’abord envisagé était Témoins ; Pierre Emmanuel y renonce pour ne pas faire ombre à Pierre Jean Jouve, qui publie en septembre 1943 un recueil du même nom. Il envisage ensuite Hommage, puis À mes témoins. Il semble que le titre définitif ait été proposé par Flamand. ←