Nouveautés sur le site
Mai 2013
• Pierre Emmanuel dans le journal Marianne... et dans l'émission "Orthodoxie" (France culture) du 9 mai (ci-dessous, colonne de droite, dans "On en parle").
• Une triste nouvelle (23 avril 2013)
• Cela s'est passé un... : Semaine du 19 au 26 mai (ci-dessous)
• L'« extrait du mois » (ci-dessous) :
En hommage à Mme Janine Loo Pierre Emmanuel, Tu et Sophia, éd. L'Âge d'Homme, T. II, p. 213-214, 227, 503 ; « Prendre part à la louange des choses », L'Arbre et le vent.
Une triste nouvelle...
C'est avec beaucoup d'émotion que l'Association à appris la mort de Janine Pierre Emmanuel, survenue le 23 avril dernier dans son appartement de le rue de Varenne, à Paris, où elle vécut avec Pierre Emmanuel depuis leur mariage, en 1952, jusqu'à la mort du poète, en 1984.
C'est à son initiative que fut créée en 1985, un an après la mort de son mari, l'Association des amis de Pierre Emmanuel, présidée par René Tavernier auquel elle succéda jusqu'en 2004.
En tant que Présidente de l'Association, Janine Pierre Emmanuel a beaucoup œuvré pour servir la mémoire du poète et assurer le rayonnement de son œuvre. Avec l'aide des exécuteurs testamentaires elle a favorisé la création des deux Centres de Recherche, l'un à Paris, l'autre à Wichita (USA), et la publication des Cahiers Pierre Emmanuel.
Grâce à sa générosité et à celle des amis du poète de nombreux ouvrages ou textes inédits ont été publiés, en particulier et surtout les Œuvres poétiques complètes, un projet auquel Pierre Emmanuel était très attaché.
C'est une grande page de l'histoire de Pierre Emmanuel qui se ferme avec la disparition de celle qui l'a accompagné pendant plus de trente ans et qui a si bien servi sa mémoire.
Catherine Carlier
Présidente de l'Association

Le mot de l'Association
Depuis sa création, en 1985, l'Association s'est attachée à servir la mémoire de Pierre Emmanuel et à faire connaître son œuvre en apportant son soutien à des publications, rencontres, expositions, émissions radiophoniques et à différents hommages en France comme à l'étranger.
La création d'un site Pierre Emmanuel s'est imposée comme une évidence et une priorité. Un nouvel outil pour retracer l'itinéraire de l'écrivain, du poète et de l'homme d'action engagé dans son siècle en faisant découvrir ses multiples visages : l'homme de culture, son action auprès des médias, mais aussi l'homme de foi, l'homme courageux, le résistant, le défenseur des droits de l'homme.
C'est un travail énorme qui fut engagé, un travail exigeant et rigoureux mené par Anne Simonnet (*) aidée dans ses recherches par des témoins de la vie de Pierre Emmanuel, par le Centre de recherche et par la famille du poète. Une approche aussi complète a nécessité des mois de consultation dans les archives de la BNF, de l'Imec, l'Ina, et d'autres fonds. Des manuscrits, des photographies, des lettres et des documents souvent inédits, prêtés par des amis, des proches ou d'anciens collaborateurs de Pierre Emmanuel ont considérablement enrichi le site.
Pierre Emmanuel visionnaire, initiateur et créateur de la Vidéothèque (Forum des Images), confiant dans les nouvelles technologies, aurait certainement apprécié l'instrument de connaissance, de dialogue et d'échange que constitue un tel site.
Proposer un site clair, lisible, complet et accessible à tous, telle fut notre démarche pour que Pierre Emmanuel reste vivant dans les mémoires.
Catherine Carlier, Présidente de l'Association
(*) Anne Simonnet est professeur de Lettres classiques, Docteur ès Lettres, auteur de l'ouvrage Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint et d'une thèse : Le Christ de Pierre Emmanuel. L'élaboration d’un mythe personnel.
Vous trouverez plus de renseignements sur l'Association des Amis de Pierre Emmanuel ici (cf. bas de page).
Si vous désirez vous joindre à cette Association et aider à la diffusion des oeuvres de Pierre Emmanuel, vous pouvez imprimer et renvoyer le bulletin d'adhésion ci-dessous.
Cela s'est passé un... (La micro-information du jour)
19 mai
19 mai 1950
Pierre Emmanuel participe à l’enregistrement d’une émission radiophonique sur Alfred Tennyson dans le cadre « Poètes du monde en 1850 ».
20 mai
20 mai 1955
« Le monde la tête en bas », article de Pierre Emmanuel dans Témoignage chrétien, n° 567, p. 2. « Lecteurs plaignons l’opinion publique, c’est-à-dire vous et moi qui, tous ensemble, ne sommes personne, bien que censés être caution de tout. Notre immense corps virtuel ne saurait aujourd’hui où donner de la tête, si toutefois il en avait une. Nous venons de vivre – ou plutôt l’Histoire vient de vivre – une folle quinzaine où toutes les contradictions d’une logique absurde ont pris un malin plaisir à se donner rendez-vous. Le spectacle en serait salutaire, si nous avions les yeux qu’il faut pour le voir. Malheureusement – d’autres diraient heureusement – nous accommodons fort mal et les ensembles nous échappent. Il faut dire aussi que le temps nous est présenté en morceaux, par demi-colonnes à la une, avec renvoi en cinquième page, et filet étanche tout autour.
C’est ainsi qu’une Providence mystérieuse – ou pas si mystérieuse que ça – nous parque derrière ses petits grillages pour nous retenir de nous mêler aux événements. Maternelle, elle nous évite leur bousculade, mais nous enlève ainsi l’occasion d’en rire : ou d’en pleurer. Elle nous assure un univers cohérent, et celui des petits grillages. Pourvu que celui-là tienne – et elle y veille – tout ce qui se passe au-delà peut s’offrir le luxe du plus ahurissant désordre, et nos porte-clés pour y jouer aux démiurges tout leur saoul. »
21 mai
21 mai 1982
« Comme un benêt », article de Pierre Emmanuel dans France catholique, n° 1849. « À regarder les Actualités chaque jour, me voici au bord du rejet : l'ubiquité du phénomène m'angoisse, son inanité aussi ; l'une ne va pas sans l'autre.
"On" annonce que bientôt nous capterons dix, vingt, pourquoi pas cent ou mille ? programmes de tout l'univers. La belle affaire ! À partir de ce désordre, quel œil, quelle intelligence critique pourront encore percevoir le réel ? Je n'y vois d'intérêt pour les mœurs que le naufrage peu glorieux du monopole, ou son hypocrite victoire contre les envahisseurs satellisés. Monopole ou pas, mon idée simple est qu'un message adressé par quelques-uns, toujours les mêmes et dépendants d'un pouvoir, à des millions qui n'ont sur eux aucun contrôle, constitue une violation permanente de notre espace spirituel, même quand nous n'avons pas de poste ou le débranchons.
L'instantané, le fragmentaire, le sans recul, l'incohérent, l'informe, le disproportionné, l'omis, le commenté, le maquillé, le faux, le de mauvaise foi, le (tout bêtement) prétentieux ou ignare, le bizarrement mis ensemble selon des lois qui en sont bien mais que l'entendement s'explique mal, tout cela, peut-être, ne serait rien sans le vide des têtes. »
22 mai
22 mai 1981
« À l’image et à la ressemblance », article de Pierre Emmanuel dans France catholique, n° 1797. Invité par une amie à parler de poésie à sa classe de prisonnier, Pierre Emmanuel est bouleversé par la profondeur de la rencontre. « Nous avions vécu deux heures ensemble dans un monde sans morale, mais non certes sans valeur. Nous n’avions parlé que de la valeur, de l’éminente valeur de l’être : en elle, nous avions fraternisé, reconnu sans le dire, notre vrai sens. Ces jours-ci, en écoutant les orateurs de cette si médiocre campagne présidentielle abaisser toute l’ambition des Français à leurs craintes pour leurs gros sous ou leur petite monnaie, j’ai repensé à cette matinée de Fresnes. Non, la plupart des gens, des gens à cheval sur la morale, connaissent peut-être le cours des valeurs mais ne savent pas grand-chose de la valeur. Celle-ci n’a rien à faire avec les hypocrisies de la morale : elle est un reflet de la Face de Dieu, dont parfois, s’illumine la face humaine, et que je vis briller, fugitif ou non, sur le visage de ces prisonniers. »
23 mai
23 mai 1974
« Quelles conditions pour une seule France ? », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, p. 2. « Les individus sont atomisés, désintégrés. Les jeunes, les actifs, les responsables, les heureux dans la force de l’âge n’en ont conscience que discontinûment. Ils trouvent dans l’automobile, dans l’agitation urbaine, dans les spectacles et la fièvre des magasins, cette fête permanente qui distrait de la solitude essentielle. Mais les vieux ? La société, sans le dire, les tient pour inutilisables : des déchets. Qu’en faire ? Les parquer dans des villages de vieux, avec leur retraite et un vague service social, pour que leur vue ne trouble pas l’optimisme obligatoire ? Ou juger cette ségrégation monstrueuse, y voir l’un des plus graves symptômes d’une dépréciation générale de l’être humain ? Aucune justice ne sera possible tant que les vieux ne seront pas réintégrés à part entière dans la communauté dont ils sont la mémoire active, et à laquelle ils peuvent rendre d’immenses services familiaux, éducatifs et culturels. »
24 mai
24 mai 1941
Article de Pierre Emmanuel dans La Tunisie Française littéraire : « Sur le mot mystique ». « S’il est un mot dévalué, c’est bien le mot "mystique". Sa profondeur, son obscurité attirent ; il exprime tous les ineffables à peu de frais. C’est l’un des termes qu’emploient le plus volontiers les snobs de l’indicible, ces vagues Narcisses qui confondent l’émotion spirituelle et spiritualité, veulent prendre pour une haute vie de l’âme leur goût des évasions faciles et des éternités instantanées. Cette attitude de faux détachement a sur le langage et la pensée des conséquences si graves, elle porte les mots et les actes à un tel degré d’abstraction, que l’on ne peut se défendre d’y voir l’un des pires symptômes du mal qui ravage l’époque. Jadis, se servir des mots, c’était se sentir engagé par eux, leur déléguer une parcelle de sa vérité personnelle, les garantir de sa propre intégrité ; maintenant, les mots ne sont plus guère utiles à l’homme que dans la mesure où ils sont créateurs d’illusion. La perte du sens de l’humain jusque dans le verbe laisse l’homme seul, comme un temple désaffecté, au sein d’un monde étranger à ses mots. »
25 mai
25 mai 1984
« Le sable et le rocher », article de Pierre Emmanuel dans France catholique, n° 1954. « Je te prie de me croire, lecteur : en commençant cette divagation je n’avais pas l’humeur méchante. Je voulais, en sinuant quelque peu, te parler du forage que j’ai fait faire dans mon champ au nord des Alpilles. À douze mètres, c’était toujours du sable fin comme au bord de la mer ; à quarante mètres, c’était encore de l’argile bleue et le sourcier était gris de désespoir car il espérait l’eau à vingt-cinq mètres. Abandonnerait-on ? Ma femme a dit : "Forons jusqu’à soixante mètres !" Car ces prudentes savent quand il faut tout risquer. A soixante mètres, elle surgissait, large comme un torse d’homme. Cent mètres cubes à l’heure, telle est l’évaluation du sourcier.
Je nous revois tous, sous la pluie, trinquant, nous congratulant, et les voisins venant admirer le phénomène. Et je me dis : la pensée, c’est cela. Non pas les mots qui suintent des livres, mais une force irrépressible qui se fait jour quand le sable des truismes et l’argile des habitudes mentales ont cédé. Rien à voir avec les mots qui "arrivent aisément" de Boileau, ni avec les conceptualisations chantournées qui nous entortillent dans leur non-dire.
C’est simple, limpide, jaillissant, rarement captable sans effort, mais une fois capté, cela remplit du goût des profondeurs. Seulement il faut savoir vaincre le rocher, et, en l’espèce, sans instruments ni livres : seul. »
26 mai
26 mai 1971
« La créativité (néologisme de plus) », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, 26 mai 1971, p. 48. Repris dans la Révolution parallèle, « La créativité c’est la communion », p. 81-90. « Le "réel" qui entoure ces enfants est souvent d’une extrême pauvreté intellectuelle, imaginaire et sensible. La classe sera donc peuplée d’images : l’espace entre ses quatre murs proportionné, harmonisé, pour la joie du regard et la diversité des travaux. J’ai visité des classes de CM 1 et de CM 2 disposées selon une géométrie différente de l’alignement classique : il y avait des plantes vertes, des fleurs, des aquariums, beaucoup de photos et de dessins d’élèves, un tableau mural couvert de calligrammes et de poèmes ; le journal de classe était à l’image du lieu, poétique, illustré, lien vivant entre de jeunes êtres qui échangeaient ce qu’ils avaient de plus précieux : la parole, le rêve. Non, il ne faut pas rire de la "créativité". On sait bien que, de tous ces enfants qui écrivent parce qu’ils n’ont plus peur de parler, un sur dix mille peut-être possède en germe ce qu’on nomme talent. Il ne s’agit pas pour l’école de cultiver des talents, ni surtout de singulariser ceux qui en ont par rapport à ceux qui en manquent : mais de former ensemble des êtres humains, de leur apprendre qu’être-ensemble est un art, le seul dont nous ayons vraiment besoin pour vivre ici. »


