PIERRE EMMANUEL

Nouveautés sur le site

Mai 2013

• Pierre Emmanuel dans le journal Marianne... et dans l'émission "Orthodoxie" (France culture) du 9 mai (ci-dessous, colonne de droite, dans "On en parle").

Une triste nouvelle (23 avril 2013)

• Cela s'est passé un... : Semaine du 19 au 26 mai (ci-dessous)

L'« extrait du mois » (ci-dessous) :
     En hommage à Mme Janine Loo Pierre Emmanuel, Tu et Sophia,
éd. L'Âge d'Homme, T. II, p. 213-214, 227, 503 ; « Prendre part à la louange des choses », L'Arbre et le vent.

Les paysages de Pierre Emmanuel : Dieulefit et la Drôme

 

Précédemment...    en 2013
en 2012

Une triste nouvelle...

     C'est avec beaucoup d'émotion que l'Association à appris la mort de Janine Pierre Emmanuel,  survenue le 23 avril dernier dans son appartement de le rue de Varenne, à Paris, où elle vécut avec Pierre Emmanuel depuis leur mariage, en 1952, jusqu'à la mort du poète, en 1984.



 

   

     C'est à son initiative que fut créée en 1985, un an après la mort de son mari, l'Association des amis de Pierre Emmanuel, présidée par René Tavernier  auquel elle succéda jusqu'en 2004.
     En tant que Présidente de l'Association, Janine Pierre Emmanuel a beaucoup œuvré pour servir la mémoire du poète et assurer le rayonnement de son œuvre. Avec l'aide des exécuteurs testamentaires elle a favorisé la création des deux Centres de Recherche, l'un à Paris, l'autre à Wichita (USA), et la publication des Cahiers Pierre Emmanuel.
     Grâce à sa générosité et à celle des amis du poète de nombreux ouvrages ou textes inédits ont été publiés, en particulier et surtout les Œuvres poétiques complètes, un projet auquel Pierre Emmanuel était très attaché.
     C'est une grande page de l'histoire de Pierre Emmanuel qui se ferme avec la disparition de celle qui l'a accompagné pendant plus de trente ans et qui a si bien servi sa mémoire.

Catherine Carlier
Présidente de l'Association




Le mot de l'Association

     Depuis sa création, en 1985, l'Association s'est attachée à servir la mémoire de Pierre Emmanuel et à faire connaître son œuvre en apportant son soutien à des publications, rencontres, expositions, émissions radiophoniques et à différents hommages en France comme à l'étranger.
     La création d'un site Pierre Emmanuel s'est imposée comme une évidence et une priorité. Un nouvel outil pour retracer l'itinéraire de l'écrivain, du poète et de l'homme d'action engagé dans son siècle en faisant découvrir ses multiples visages : l'homme de culture, son action auprès des médias, mais aussi l'homme de foi, l'homme courageux, le résistant, le défenseur des droits de l'homme.
     C'est un travail énorme qui fut engagé, un travail exigeant et rigoureux mené par Anne Simonnet (*) aidée dans ses recherches par des témoins de la vie de Pierre Emmanuel, par le Centre de recherche et par la famille du poète. Une approche aussi complète a nécessité des mois de consultation dans les archives de la BNF, de l'Imec, l'Ina, et d'autres fonds. Des manuscrits, des photographies, des lettres et des documents souvent inédits, prêtés par des amis, des proches ou d'anciens collaborateurs de Pierre Emmanuel ont considérablement enrichi le site.
     Pierre Emmanuel visionnaire, initiateur et créateur de la Vidéothèque (Forum des Images), confiant dans les nouvelles technologies, aurait certainement apprécié l'instrument de connaissance, de dialogue et d'échange que constitue un tel site.
     Proposer un site clair, lisible, complet et accessible à tous, telle fut notre démarche pour que Pierre Emmanuel reste vivant dans les mémoires.

Catherine Carlier, Présidente de l'Association

 

 (*) Anne Simonnet est professeur de Lettres classiques, Docteur ès Lettres, auteur de l'ouvrage Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint et d'une thèse : Le Christ de Pierre Emmanuel. L'élaboration d’un mythe personnel.



     Vous trouverez plus de renseignements sur l'Association des Amis de Pierre Emmanuel ici (cf. bas de page).
     Si vous désirez vous joindre à cette Association et aider à la diffusion des oeuvres de Pierre Emmanuel, vous pouvez imprimer et renvoyer le bulletin d'adhésion ci-dessous.

Cela s'est passé un... (La micro-information du jour)

19 mai

19 mai 1950

     Pierre Emmanuel participe à l’enregistrement d’une émission radiophonique sur Alfred Tennyson dans le cadre « Poètes du monde en 1850 ».


20 mai

20 mai 1955

     « Le monde la tête en bas », article de Pierre Emmanuel dans Témoignage chrétien, n° 567, p. 2. « Lecteurs plaignons l’opinion publique, c’est-à-dire vous et moi qui, tous ensemble, ne sommes personne, bien que censés être caution de tout. Notre immense corps virtuel ne saurait aujourd’hui où donner de la tête, si toutefois il en avait une. Nous venons de vivre – ou plutôt l’Histoire vient de vivre – une folle quinzaine où toutes les contradictions d’une logique absurde ont pris un malin plaisir à se donner rendez-vous. Le spectacle en serait salutaire, si nous avions les yeux qu’il faut pour le voir. Malheureusement – d’autres diraient heureusement – nous accommodons fort mal et les ensembles nous échappent. Il faut dire aussi que le temps nous est présenté en morceaux, par demi-colonnes à la une, avec renvoi en cinquième page, et filet étanche tout autour.
     C’est ainsi qu’une Providence mystérieuse – ou pas si mystérieuse que ça – nous parque derrière ses petits grillages pour nous retenir de nous mêler aux événements. Maternelle, elle nous évite leur bousculade, mais nous enlève ainsi l’occasion d’en rire : ou d’en pleurer. Elle nous assure un univers cohérent, et celui des petits grillages. Pourvu que celui-là tienne – et elle y veille – tout ce qui se passe au-delà peut s’offrir le luxe du plus ahurissant désordre, et nos porte-clés pour y jouer aux démiurges tout leur saoul. »


21 mai

21 mai 1982

     « Comme un benêt », article de Pierre Emmanuel dans France catholique, n° 1849. « À regarder les Actualités chaque jour, me voici au bord du rejet : l'ubiquité du phénomène m'angoisse, son inanité aussi ; l'une ne va pas sans l'autre.
     "On" annonce que bientôt nous capterons dix, vingt, pourquoi pas cent ou mille ? programmes de tout l'univers. La belle affaire ! À partir de ce désordre, quel œil, quelle intelligence critique pourront encore percevoir le réel ? Je n'y vois d'intérêt pour les mœurs que le naufrage peu glorieux du monopole, ou son hypocrite victoire contre les envahisseurs satellisés. Monopole ou pas, mon idée simple est qu'un message adressé par quelques-uns, toujours les mêmes et dépendants d'un pouvoir, à des millions qui n'ont sur eux aucun contrôle, constitue une violation permanente de notre espace spirituel, même quand nous n'avons pas de poste ou le débranchons.
     L'instantané, le fragmentaire, le sans recul, l'incohérent, l'informe, le disproportionné, l'omis, le commenté, le maquillé, le faux, le de mauvaise foi, le (tout bêtement) prétentieux ou ignare, le bizarrement mis ensemble selon des lois qui en sont bien mais que l'entendement s'explique mal, tout cela, peut-être, ne serait rien sans le vide des têtes. »


22 mai

22 mai 1981

« À l’image et à la ressemblance », article de Pierre Emmanuel dans France catholique, n° 1797. Invité par une amie à parler de poésie à sa classe de prisonnier, Pierre Emmanuel est bouleversé par la profondeur de la rencontre. « Nous avions vécu deux heures ensemble dans un monde sans morale, mais non certes sans valeur. Nous n’avions parlé que de la valeur, de l’éminente valeur de l’être : en elle, nous avions fraternisé, reconnu sans le dire, notre vrai sens. Ces jours-ci, en écoutant les orateurs de cette si médiocre campagne présidentielle abaisser toute l’ambition des Français à leurs craintes pour leurs gros sous ou leur petite monnaie, j’ai repensé à cette matinée de Fresnes. Non, la plupart des gens, des gens à cheval sur la morale, connaissent peut-être le cours des valeurs mais ne savent pas grand-chose de la valeur. Celle-ci n’a rien à faire avec les hypocrisies de la morale : elle est un reflet de la Face de Dieu, dont parfois, s’illumine la face humaine, et que je vis briller, fugitif ou non, sur le visage de ces prisonniers. »


23 mai

23 mai 1974

     « Quelles conditions pour une seule France ? », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, p. 2. « Les individus sont atomisés, désintégrés. Les jeunes, les actifs, les responsables, les heureux dans la force de l’âge n’en ont conscience que discontinûment. Ils trouvent dans l’automobile, dans l’agitation urbaine, dans les spectacles et la fièvre des magasins, cette fête permanente qui distrait de la solitude essentielle. Mais les vieux ? La société, sans le dire, les tient pour inutilisables : des déchets. Qu’en faire ? Les parquer dans des villages de vieux, avec leur retraite et un vague service social, pour que leur vue ne trouble pas l’optimisme obligatoire ? Ou juger cette ségrégation monstrueuse, y voir l’un des plus graves symptômes d’une dépréciation générale de l’être humain ? Aucune justice ne sera possible tant que les vieux ne seront pas réintégrés à part entière dans la communauté dont ils sont la mémoire active, et à laquelle ils peuvent rendre d’immenses services familiaux, éducatifs et culturels. »


24 mai

24 mai 1941

     Article de  Pierre Emmanuel dans La Tunisie Française littéraire : « Sur le mot mystique ». « S’il est un mot dévalué, c’est bien le mot "mystique". Sa profondeur, son obscurité attirent ; il exprime tous les ineffables à peu de frais. C’est l’un des termes qu’emploient le plus volontiers les snobs de l’indicible, ces vagues Narcisses qui confondent l’émotion spirituelle et spiritualité, veulent prendre pour une haute vie de l’âme leur goût des évasions faciles et des éternités instantanées. Cette attitude de faux détachement a sur le langage et la pensée des conséquences si graves, elle porte les mots et les actes à un tel degré d’abstraction, que l’on ne peut se défendre d’y voir l’un des pires symptômes du mal qui ravage l’époque. Jadis, se servir des mots, c’était se sentir engagé par eux, leur déléguer une parcelle de sa vérité personnelle, les garantir de sa propre intégrité ; maintenant, les mots ne sont plus guère utiles à l’homme que dans la mesure où ils sont créateurs d’illusion. La perte du sens de l’humain jusque dans le verbe laisse l’homme seul, comme un temple désaffecté, au sein d’un monde étranger à ses mots. »


25 mai

25 mai 1984

     « Le sable et le rocher », article de Pierre Emmanuel dans France catholique, n° 1954. « Je te prie de me croire, lecteur : en commençant cette divagation je n’avais pas l’humeur méchante. Je voulais, en sinuant quelque peu, te parler du forage que j’ai fait faire dans mon champ au nord des Alpilles. À douze mètres, c’était toujours du sable fin comme au bord de la mer ; à quarante mètres, c’était encore de l’argile bleue et le sourcier était gris de désespoir car il espérait l’eau à vingt-cinq mètres. Abandonnerait-on ? Ma femme a dit : "Forons jusqu’à soixante mètres !" Car ces prudentes savent quand il faut tout risquer. A soixante mètres, elle surgissait, large comme un torse d’homme. Cent mètres cubes à l’heure, telle est l’évaluation du sourcier.
     Je nous revois tous, sous la pluie, trinquant, nous congratulant, et les voisins venant admirer le phénomène. Et je me dis : la pensée, c’est cela. Non pas les mots qui suintent des livres, mais une force irrépressible qui se fait jour quand le sable des truismes et l’argile des habitudes mentales ont cédé. Rien à voir avec les mots qui "arrivent aisément" de Boileau, ni avec les conceptualisations chantournées qui nous entortillent dans leur non-dire.
     C’est simple, limpide, jaillissant, rarement captable sans effort, mais une fois capté, cela remplit du goût des profondeurs. Seulement il faut savoir vaincre le rocher, et, en l’espèce, sans instruments ni livres : seul. »


26 mai

26 mai 1971

     « La créativité (néologisme de plus) », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, 26 mai 1971, p. 48. Repris dans la Révolution parallèle, « La créativité c’est la communion », p. 81-90. « Le "réel" qui entoure ces enfants est souvent d’une extrême pauvreté intellectuelle, imaginaire et sensible. La classe sera donc peuplée d’images : l’espace entre ses quatre murs proportionné, harmonisé, pour la joie du regard et la diversité des travaux. J’ai visité des classes de CM 1 et de CM 2 disposées selon une géométrie différente de l’alignement classique : il y avait des plantes vertes, des fleurs, des aquariums, beaucoup de photos et de dessins d’élèves, un tableau mural couvert de calligrammes et de poèmes ; le journal de classe était à l’image du lieu, poétique, illustré, lien vivant entre de jeunes êtres qui échangeaient ce qu’ils avaient de plus précieux : la parole, le rêve. Non, il ne faut pas rire de la "créativité". On sait bien que, de tous ces enfants qui écrivent parce qu’ils n’ont plus peur de parler, un sur dix mille peut-être possède en germe ce qu’on nomme talent. Il ne s’agit pas pour l’école de cultiver des talents, ni surtout de singulariser ceux qui en ont par rapport à ceux qui en manquent : mais de former ensemble des êtres humains, de leur apprendre qu’être-ensemble est un art, le seul dont nous ayons vraiment besoin pour vivre ici. »

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À écouter...

Un extrait de Babel lu par Pierre Emmanuel en 1983

 

L'extrait du mois

Poésie


Être la mère

               À Loo

          Celui que l’Être consume c’est je
          Cela qu’éblouit l’Être c’est moi
          Midi immense des apparences
          Au nadir d’une très frêle bougie.

          Tant que l’huile n’est épuisée
          Permets ô Mère
          Que j’entre un jour en-deçà des temps
          Dans l’essence de ta vide lumière
          Silence antérieur où rien n’est
          Verbe en creux dans tout ce qui est.

          Au noir de mon néant que je voie
          Non des yeux mais des lèvres éteintes
          Que je déchiffre mon ultime expiration
          Esquisse de ton sourire aux commissures
          Ombre ineffable sur ma bouche de ton front
          Traçant d’un signe de tête les mondes.

Sophia

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Hymne à la déesse

               À Loo

          13

          Puissance qui es Grâce en toutes choses
          Révérence à Toi, révérence à Toi, révérence à Toi,
          Révérence, révérence.

          La paume se fit douce à longtemps émousser
          Quelque pierre, et plus vifs que torrents de montagne
          Les doigts, ces merveilleux aveugles. Contempler
          Le frais, le lisse : l’océan a pour l’histoire
          Ce caillou. Et souvent l’ovale d’une vie
          – Songe en surplomb sur les yeux clos, demi-sourire –
          S’inscrit en la chose trouvée, parfaite. Un homme
          N’est que de reconnaître et partout recueillir
          Les signes, ses membres épars. Il se rassemble
          Miroir brisé, pour que s’y prenne la Beauté
          Et que, rompue, l’image intacte fasse grâce.
          Or pour qu’il s’y reforme entier dans l’Un, suffit
          Ce galet de regard poli, mystique amande.

Sophia

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Hymne à l’ouvrière des mondes

               pour Loo

          1

          Intelligence est le premier de ses Grands Noms
          Étant un corps de jeune femme qui s’élance
          Toute proportion des mondes en jaillit
          Droite et ronde car la merveille est que la courbe
          Est raison d’être de l’axe qui la régit.
          Que la science met à nu ses aréoles
          Peu l’osent voir : téter ferait honte aux savants.
          Aussi, goutte de lait, son savoir sur les lèvres
          De l’homme fait le rend pareil à soi enfant
          Et le sourire de la mère qui l’enseigne
          Est l’horizon entier de son entendement.
          La source est ce visage d’enfant
          Allant à la rencontre de l’aube
          La source est le matin naissant
          Qui luit dans les yeux de l’enfant

Tu


Prose

  

     « Dans la peinture de ma femme, Loo, la lumière vient du dedans. Après une période où elle peignit de grands rêves d’espace cosmique, tantôt rouges d’un feu primordial, tantôt blêmes de lunes glacées, elle s’est mise, par petits points serrés, à traduire la végétation des Alpilles dont jusqu’ici elle n’avait vu que l’aspect rocheux. De cette extrême minutie du détail réinventé, tout le paysage réel se dégage, c’est lui que l’œil voit d’abord. Mais la toile requiert une attention au second degré, une sorte d’attente intérieure. Alors, du seul fait de contempler avec une âme immobile, le regard reçoit en réponse une lumière de profondeur, venant non d’un au-delà de la chose, mais de la réalité commune à celle-ci et à sa représentation. Le peintre a réussi à capter – ou plutôt à apprivoiser sur la toile, sans lui ôter rien de son mouvement – l’esprit lumineux qui fait vivre et métamorphose la matière. Depuis que j’ai vu ces toiles, j’aime les Alpilles tout autrement.
     (…) Si j’ai tellement besoin de la nature, c’est que tout y a des racines, moi le premier. Plus je vieillis, plus la profondeur m’est indispensable. Il ne me suffit pas de la trouver dans la pensée des hommes : c’est la profondeur de l’univers qu’il me faut éprouver pour éveiller celle qui est en moi. À la campagne, cette dimension est partout. Dans la plaine qui s’étend jusqu’au Ventoux ; dans la distance à l’étoile unique au crépuscule ; dans le fût de l’immense pin parasol ; dans le vol du faucon crécerelle ; dans le cri de la hulotte la nuit. Ces choses à la fois visibles et invisibles existent autant et plus que moi, chacune dans son ordre d’esprit. Toutes sont emblématiques, jusqu’au scorpion que je me garde d’écraser et que j’aime voir s’étaler sur le mur. La vraie mesure de l’homme est dans ces choses : elle est de faire sienne leur intériorité, de prendre part à leur louange, de l’entendre en elles, de la formuler en lui. Telle est la nature sacerdotale de l’homme, prêtre de la création. Encore faut-il, qu’il y consacre du temps, loisir si rare en cette époque d’autoroutes éventrant le paysage, le rejetant de part et d’autre au néant. Plus rare encore ce mélange de respect sacré et de familiarité très ancienne qui vient sans doute des aïeux paysans et que m’inspire la solitude de la nature, laquelle effraie le citadin. C’est d’elle que je me mets en quête, religieusement, pour y communier à la Présence que me cachent l’encombrement de la ville et celui de mes pensées. Trois jours par mois à la campagne, cure d’âme qui me rend en moi la profondeur où je suis fondé : je recommence à sonder mes rêves, à prier. De retour en ville, ayant fait provision d’un sens sacré, je m’aperçois que, lentement mais sûrement, ma conception du monde se transforme, qu’elle en est parfois transfigurée. La vie intérieure, peu à peu, l’emporte sur l’activité inutile. Tant d’êtres voués, qu’ils le sachent ou non ! Tant d’existences, et chacune singulière ! Les visages s’éclairent du dedans : nul ne m’apparaît plus superficiel. »

« Prendre part à la louange des choses » (16 mai 1980), L’Arbre et le vent

Le centre de recherche

Le mot du Président

 

     Le Centre de Recherche Pierre Emmanuel attache la plus grande importance au site Pierre Emmanuel. Récemment créé, grâce à l’Association des Amis de Pierre Emmanuel, à la générosité de la famille du poète, aux compétences et à l’inlassable activité d’Anne Simonnet, ce site fédère les efforts de tous ceux qui sont attachés à l’œuvre de Pierre Emmanuel et ont pris à tâche de la faire mieux connaître. Très riche et fort bien présenté, ce site est un excellent instrument de dialogue entre les spécialistes de Pierre Emmanuel et ceux qui, venant des horizons les plus variés, découvrent son œuvre littéraire, son action culturelle, son engagement dans la vie de la cité.
     Depuis sa fondation, en novembre 1986, le Centre de Recherche Pierre Emmanuel s’efforce de promouvoir et de développer la recherche sur l’œuvre, les activités et la pensée de Pierre Emmanuel. Du premier classement des manuscrits et des inédits du poète à l’organisation de colloques universitaires, de la publication des œuvres poétiques complètes à la publication d’inédits, ses réalisations se sont toujours inspirées de ces principes. La vitalité du site est une aide très efficace à la réussite des actions envisagées pour 2014, trentième anniversaire de la mort de Pierre Emmanuel, et 2016, centième anniversaire de sa naissance.

François Livi, Président

 


 

Cahier Pierre Emmanuel n° 3. Le poète, les poètes

Études réunies par Anne-Sophie Constant et Aude Préta-de Beaufort, avant-propos de François Livi, L'Âge d'Homme, 2012.

                                 

     Ce troisième Cahier Pierre Emmanuel publie les actes du colloque Pierre Emmanuel. Le poète, les poètes organisé par le Centre de Recherche Pierre Emmanuel, le Centre de Recherche en Littérature comparée de l’Université Paris-Sorbonne, la Chaire de Littératures modernes de l’Europe néolatine du Collège de France et l’Association des Amis de Pierre Emmanuel, qui s’est tenu en Sorbonne les 3 et 4 décembre 2004.
    Les études réunies dans ce volume poursuivent un double but : prolonger l’analyse d’une poétique et de ses enjeux, dans le sillage du colloque Lire Pierre Emmanuel qui avait eu lieu en Sorbonne les 17 et 18 novembre 1989 et dont les actes, parus en 1994, avaient inauguré la série des Cahiers ; commencer à explorer les rencontres de Pierre Emmanuel avec d’autres poètes – des « phares » au sens baudelairien, des intercesseurs, des contemporains.
     Au premier axe correspondent des études sur le sens de l’événement historique (Didier Alexandre), la réécriture du mythe biblique de Babel (Sylvie Parizet), l’expérience du souffle (Anne-Sophie Constant), la forme brève (Aude Préta-de Beaufort) dans l’œuvre poétique de Pierre Emmanuel. Au second, des approches comparatistes éclairant aussi le dialogue qui se noue en profondeur avec Hölderlin (Jean-Yves Masson), Federico Garcia Lorca (Pierre Brunel) et Pierre Jean Jouve (Béatrice Bonhomme), que les parallèles possibles avec Saint-John Perse (Henriette Levillain), Patrice de la Tour du Pin (Isabelle Renaud Chamska) ou Claude Vigée (Evelyne Frank).
     Le poète, donc, dans la singularité de sa création, mais aussi dans le dialogue avec les poètes par lequel il participe à l’histoire littéraire et à ses débats critiques – dialogue dont le témoignage inédit de Claude Vigée, qui ouvre le Cahier, constitue un magnifique exemple.

Bulletin de commande :

On en parle...

Dans les médias


Dans le journal Marianne

     Le journal Marianne est à l'origine d'un regain d'intérêt pour Pierre Emmanuel dont nous ne saurions nous plaindre (Lire l'article ici).
     Mais plutôt que d'ajouter à ce qui a été dit, nous préférons penser que Pierre Emmanuel sourirait de cette histoire. Attentif aux droits d'auteur, s'efforçant en tout temps de respecter chacun, Pierre Emmanuel n'aurait certes pas appouvé le procédé mais il aurait été heureux que ce plagiat soit le fait d'un rabbin dont le père s'était réfugié à Dieulefit.

     Ironie de l'histoire : ce mois-ci, sans avoir rien prévu, le site présente les textes de Pierre Emmanuel parlant de Dieulefit dans "Paysages".
     Cf. aussi : "La résistance" et Qui est cet homme ?, dont est tiré l'extrait si consulté ces derniers temps.

     Nous profitons de l'occasion pour annoncer une prochaine réédition des oeuvres autobiographiques du poète sous l'égide du Centre de recherche Pierre Emmanuel (éditions L'Âge d'Homme).

Voici donc le texte de Pierre Emmanuel...
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Sur les ondes


     Le 9 mai 2013, en la solennité de l'Ascension, l'émission "Orthodoxie", sur France culture, proposait un entretien sur un ouvrage réunissant les réflexions d'Olivier Clément, théologien orthodoxe mort en 2009, sur ses lectures préférées : des commentaires sur Rimbaud, Sartre, Camus, Dostoievski, T.S. Eliot, Claude Vigée et Pierre Emmanuel : Une saison en littérature, avant-propos de F. Damour, Desclée De Brouwer, 227 p.
     Invité : Franck Damour, professeur d'histoire, éditeur de plusieurs textes de Clément.

On peut l'écouter ici.

 



À Béziers, où de jeunes lycéens découvrent Pierre Emmanuel

     Depuis deux ans, des élèves de 2e du lycée La Trinité, à Béziers, découvrent Pierre Emmanuel et ses amis dans le cadre d’un dîner d’auteurs.

     

Année scolaire 2011-2012 : "Jean Lescure" reçoit des mains de "Pierre Emmanuel" (à sa gauche) l’exemplaire original dédicacé pour lui de Christ aux enfers. À droite de "Pierre Emmanuel", "Loÿs Masson" ; en bout de table "Éluard", en face de "Jean Lescure" : "Pierre Seghers".

     Julie, qui incarnait Pierre Emmanuel l'année dernière, témoigne : « En littérature et société, notre professeur nous avait proposé un dîner d’auteurs. Cela consiste à choisir un auteur, étudier sa biographie et ses œuvres puis le présenter au cours d’un repas fictif où l'on incarne son personnage. Avec mon groupe nous avions choisi les années 1942. Il fallait trouver des poètes qui pouvaient éventuellement venir à Paris pendant la guerre et qui puissent envisager de se réunir. Je cherchais quand le nom de Pierre Emmanuel apparut. Un poète que nous n’étudions que rarement en classe. Par chance mon professeur m’aida beaucoup, me prêta des œuvres de Pierre Emmanuel. Grâce à ce dîner d’auteurs je pris connaissance de ce poète de la résistance que l’on connaît très peu. Ce qui m’a alors frappée ? Son intelligence. Finalement ce dîner d’auteurs m’aura permis de découvrir de quelle manière Pierre EMMANUEL choisit de résister pendant la seconde guerre mondiale, par la parole. Pierre Emmanuel est un poète que l’on devrait étudier en classe ; cela changerait d’ÉLUARD, un des seuls poètes que nous connaissions de cette époque.
     Cette année je suis en première L et nous devions étudier des œuvres de différents poètes. Je choisis de nouveau Pierre Emmanuel, ce qui m’a permis de lire Chansons du dé à coudre.
     Pierre Emmanuel est un poète qui aide à vivre. Il nous fait réfléchir sur l’homme et sur Dieu, auquel il croit visiblement mais qu’il interroge sans cesse, qu’il interpelle. Même la guerre est vue à cette lumière.  »

      

2e édition, en décembre dernier : "Pierre Emmanuel", au centre, a à sa gauche "Marcel Camus", à sa droite Marcel Carné. Ils sont reçus par "Paul Valéry", en bout de table. En face (de dos) : "Éluard", "Loÿs Masson" et "François Mauriac". La fantaisie n'arrête pas des lycéens.