PIERRE EMMANUEL

Les nouveautés sur le site

Juin 2019


   La frise du centenaire en 3D : activités et articles à voir ici
~ janvier 2016-avril 2017 ~

 

• Cela s'est passé un... Semaine du 9 au 16 juin (ci-dessous).

L'extrait du mois :
     - « Création du monde », Visage nuage, Seuil, 1955, in Œuvres poétiques complètes, vol. I, L’Âge d’Homme, 2001, p. 790.

     - « La liberté de l’artiste et de l’écrivain », conférence de Pierre Emmanuel à la Semaine des intellectuels catholiques 1952, Séance du jeudi 8 mai sous la présidence de M. Jacques Madaule, in L’Église et la liberté, Pierre Horay, coll. « Flore », p. 161-170.

• « Claudel traduit la Bible », conférence prononcée à Notre-Dame de Paris le 27 mai 1979, introduisant la lecture par Alain Cuny des Psaumes traduits par Claudel, in Bulletin de la société Paul Claudel, n° 78, 1er trimestre 1980, p. 22-26 [Ce texte, bien qu’il reprenne certains éléments de l’article « Claudel travaille les Psaumes », en diffère considérablement].

Des nouvelles dans "On en parle...", colonne de droite: livres, émissions et articles nouveaux sur Pierre Emmanuel.


 La lettre de l'Association des Amis de Pierre Emmanuel et le bulletin d'adhésion 2019. Merci aux généreux donateurs !



IMPORTANT : Les photos, textes et autres documents de ce site ne sont pas libres de droit, ceux de Facebook ou des affiches non plus.


• Rappel : les liens sont visibles lorsqu'on passe sur le texte.
               Pierre Emmanuel a sa page facebook (ici).

 
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Le mot de l'Association

     Depuis sa création, en 1985, l'Association s'est attachée à servir la mémoire de Pierre Emmanuel et à faire connaître son œuvre en apportant son soutien à des publications, rencontres, expositions, émissions radiophoniques et à différents hommages en France comme à l'étranger.
     La création d'un site Pierre Emmanuel s'est imposée comme une évidence et une priorité. Un nouvel outil pour retracer l'itinéraire de l'écrivain, du poète et de l'homme d'action engagé dans son siècle en faisant découvrir ses multiples visages : l'homme de culture, son action auprès des médias, mais aussi l'homme de foi, l'homme courageux, le résistant, le défenseur des droits de l'homme.
     C'est un travail énorme qui fut engagé, un travail exigeant et rigoureux mené par Anne Simonnet (*) aidée dans ses recherches par des témoins de la vie de Pierre Emmanuel, par le Centre de recherche et par la famille du poète. Une approche aussi complète a nécessité des années de consultation dans les archives de la BNF, de l'Imec, l'Ina, et d'autres fonds. Des manuscrits, des photographies, des lettres et des documents souvent inédits, prêtés par des amis, des proches ou d'anciens collaborateurs de Pierre Emmanuel ont considérablement enrichi le site.
     Pierre Emmanuel visionnaire, initiateur et créateur de la Vidéothèque (Forum des Images), confiant dans les nouvelles technologies, aurait certainement apprécié l'instrument de connaissance, de dialogue et d'échange que constitue un tel site.
     Proposer un site clair, lisible, complet et accessible à tous, telle fut notre démarche pour que Pierre Emmanuel reste vivant dans les mémoires.

Catherine Carlier, Présidente de l'Association

 

 (*) Anne Simonnet est professeur de Lettres classiques, Docteur ès Lettres, auteur de l'ouvrage Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint et d'une thèse : Le Christ de Pierre Emmanuel. L'élaboration d’un mythe personnel.

La lettre de l'Association 2019Bulletin d'adhésion 2019

Cela s'est passé un... (La micro-information du jour)

9 juin

9 juin 1973

     Diffusion de « À 350 ans de nous, Blaise Pascal » sur France-Culture. Pierre Emmanuel est l’un des participants. « C’est un des auteurs les plus essentiels à la pensée humaine. Parce qu’il a creusé dans l’homme l’abîme du manque, l’abîme de l’absence. J’étais hier à Saint-Benoît-sur-Loire. Et c’est la première fois que j’ai compris, en regardant un paysage, un paysage français, ce rapport entre l’immanence et la transcendance. Entre l’horizontal et le vertical. Le vertical était sublime et on avait toujours l’impression, enfin j’avais toujours l’impression, dans ce paysage de grands nuages, d’attendre une révélation, une révélation qui m’aurait en quelque sorte plaqué à terre. Eh bien quand je lis Pascal c’est un peu l’impression que ça me donne : d’être plaqué à terre. Si j’ai tellement aimé Pascal, et l’aime toujours, et m’y réfère toujours, et le reprends régulièrement – enfin vous savez il y a des livres comme ça, il y a très peu de livres comme ça qu’on reprend indéfiniment quand on a le besoin d’attester quelque chose, de vérifier une réalité essentielle – je crois que c’est à cause de cela. Et puis il y a une phrase chez lui qui me paraît centrale, dans notre pensée aussi bien que pour la sienne, c’est ce : “Il n’y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison.” Au fond Pascal est le seul qui ait osé en quelque sorte penser la raison contre elle-même. Et il l’a fait au nom de quelque chose d’autre ; et ce quelque chose d’autre évidemment c’était la foi, c’est-à-dire l’éclatement de toute limite humaine par une révélation qui atterre, comme je le disais tout à l’heure, mais qui en même temps illumine. Alors ça, vous savez, il n’y a pas beaucoup de littérateurs, hein, malgré Sainte-Beuve, il n’y a pas beaucoup de littérateurs qui vous donne cette impression-là. En fait ça c’est la vérité, ça c’est en tout cas l’illumination qui met au seuil de la vérité. Qui connaissez-vous dans la littérature française qui soit allé jusque-là ? »

 

10 juin

10 juin 1983

     « La piste effacée de l’être », article de Pierre Emmanuel dans France catholique, n° 1904. « “C’est assez, Créateur ! retire-moi d’ici…” Ce cri de Pierre Jean Jouve, la tentation ne nous vient-elle pas de le pousser ? À moi oui : il est comme le négatif de ma célébration continuelle du monde. C’est un cri sinon de désespoir, du moins d’infinie lassitude, au spectacle non de la terre mais de cet homme avide que nous sommes, qui de plus en plus l’usurpe à son profit. Lassitude plus grande encore, si possible, et surtout angoisse croissante de voir l’homme devenir son propre matériau, son cobaye, son laboratoire biologique, son déchet qu’il réutilise à son gré. Entre les expériences des médecins des camps nazis et l’utilisation dite thérapeutique des fœtus humains, il n’y a différence ni de nature, ni même de degré. Dans les deux cas, le crime métaphysique est le même : des hommes disposant d’un pouvoir s’arrogent le droit de modifier l’homme dans ses organes, sa psyché, son intellect, à la mesure de leur notion propre de l’homme, mais aussi de leur pouvoir sur lui. »

 

11 juin

11 juin 1942

     Lettre de Lucien de Dardel, à en-tête de Curieux, manuscr. autogr. (Fonds A. Béguin). « J’ai donc publié le poème d’Emmanuel [« La colombe »] (…). Je vous dirai que je me serais bien passé de cette présentation typographique et des colombes, mais d’une part j’ai vu la morasse trop tard et d’autre part mon metteur en page hélas ! y avait mis tant de cœur et de soins que je n’ai pas eu le courage de lui dire que c’était non seulement superflu, mais regrettable.
     Ce qui est plus grave, c’est que le poème d’Emmanuel – en effet magnifique – n’a pas obtenu le visa de la censure française et que j’ai dû, par conséquent, le supprimer dans tous nos exemplaires qui vont en France. (…) Maintenant je crains que M. Emmanuel n’ait des ennemis et j’imagine qu’il sera bientôt sur les listes noires allemandes, s’il n’y est pas déjà. (…) Pourvu que je ne sois pas cause d’un malheur ! / J’ai fait envoyer l’argent que je devais à MM. Emmanuel, Aragon et Miomandre [...] ».

 

12 juin

12 juin 1966

     Jean Paget, « De la poésie à la parole », Les Cahiers littéraires de l’ORTF, 4e année, n° 17, quinzaine du 12 au 25 juin 1966, p. 12-15 [l’article s’arrête p. 13 ; il est suivi d’un poème et d’un extrait de Babel]. « Celui qui ouvre une fois le Livre, le Livre se referme sur lui. Le Livre le mange comme le sillon le grain de blé : le Livre le porte en germe pour en être à son tour mangé. / Je devins une lettre de ce Livre dont pas un iota ne se perd, dont chaque signe contient tous les autres, et les étoiles et la mer, et les générations et les tombeaux, et les empires et leur ruine, et l’histoire entière de la création. Je la devins sans n’en douter, ne pensant plus aux paroles du Livre. Même je voulais oublier que je l’eusse jamais ouvert. Mais le Livre en forme de Colombe était inscrit dans l’iris de mes yeux : mes cils suivaient le battement de ses ailes. »

 

13 juin

13 juin 1964

     « En chemin », article de Pierre Emmanuel dans Réforme, n° 1004, p. 13. « J’ai passé la soirée du 6 juin à écouter, sur Europe n°1, le reportage imaginaire du débarquement. (…) Pas un instant, toutefois, je ne suis entré dans la fiction que les réalisateurs nous proposaient. Si, un seul : lorsque j’entendis, comme je l’avais entendue vingt ans plus tôt, la voix du général de Gaulle. L’étonnante proclamation, vibrante d’ivresse lucide, et qui tranchait sur les autres ordres du jour, même les plus nobles, par la jeunesse de son génie ! Je me sentais ressaisi comme jadis par cette voix audacieuse et gaie, parvenue à la perfection de son timbre, la plus libre que j’aie jamais entendue, et qui communiquait à l’auditeur l’impression physique de sa liberté. En l’écoutant, je retrouvais intacte l’émotion qui nous habitait au matin de la grande nouvelle : la générosité d’une certitude que cet homme, pendant quatre dures et magnifiques années, avait éveillée, nourrie, éduquée chez tant des nôtres, et qui tout à coup se prodiguait au grand jour. »

 

14 juin

14 juin 1981

     Préface de L’arbre et le vent. La préface est datée de « Pentecôte 1981 », un 14 juin cette année-là. L’œuvre rassemble les premières « Feuilles volantes », collaboration hebdomadaire de Pierre Emmanuel à France Catholique. « En acceptant tant d’écrire chaque semaine, j’aurais la possibilité de […] vérifier que tout dans l’histoire est question sur l’homme, que toute question sur l’homme l’est sur Dieu, l’est à Dieu. […] Ainsi la force – ou la faiblesse – de ces textes est dans leur sérieux : la plupart proclament un état d’urgence. L’urgence est ma façon de saisir l’histoire humaine comme une durée où il n’y a plus de temps à perdre, tout infini que le temps peut sembler. »

 

15 juin

15 juin 1945

     René Micha, « Les lettres françaises depuis 1940 », La Revue nouvelle, 1e année, n° 10, 15 juin 1945, p. 618-641 : « Pierre Emmanuel est sans doute très proche de Jouve ; mais à mesure que le temps passe, sa vision du monde devient plus personnelle, la forme de sa poésie paraît moins inspirée de Sueur de Sang ou de Kyrie ; Jouve a, comme Baudelaire, le sentiment de l’homme originellement pécheur ; Pierre Emmanuel, qui a la conscience du péché originel, a davantage encore celle de la communion des saints ; pour Jouve, comme pour Delacroix, Mozart ou Baudelaire, le conflit entre l’homme et son péché est résolu sur le plan de l’art « suivant la règle d’or de la Beauté », le verbe est toujours beau ; pour Emmanuel le langage est la force, la condition et la mesure de l’homme : il crée entre le poète et son lecteur une unité organique. »

 

16 juin

16 juin 1942

     André Rousseaux, « Un poète de l’heure », Courrier du Centre, 16 juin 1942. « Il arrive que le génie de la France fasse retentir la voix d’un grand poète à l’heure même où la patrie se sent partagée entre l’angoisse et l’espérance de son destin. Au cœur du sombre quinzième siècle, presque dans le temps que Jeanne d’Arc nous sauve, la voix de Villon crie sa fidélité à tout ce que la France possède déjà d’immortel. Au lendemain des guerres civiles et des invasions, le jeune Corneille, au soir du Cid, est le héraut de la renaissance qui va commencer. Après la grande secousse de l’épopée napoléonienne, le jeune Hugo surgit comme pour exprimer le désarroi des âmes et les cœurs bouillonnants. Aurions-nous le bonheur de voir paraître un poète qui porte un message de même prix pour le temps que nous vivons ?
     Il ne s’agit pas de prédire s’il sera Villon, Corneille ou Hugo. Laissons-le s’accomplir, et la postérité le jugera. Ce qui nous émeut profondément aujourd’hui, c’est que Pierre Emmanuel, poète de moins de trente ans, qui s’est imposé en quelques mois à l’admiration des lettrés, délivre dans quelques pages un cri pathétique qui est le cri même de la France meurtrie dans le monde bouleversé. Ce Jour de Colère (c’est le titre de ces poèmes de feu) me semble à cet égard dépasser de beaucoup l’audience des seuls cercles littéraires. Il fera tressaillir tous les cœurs associés à la grande épreuve que nous vivons. »

 
 

À écouter...

Un extrait de Babel lu par Pierre Emmanuel en 1983

 

L'extrait du mois

Poésie

 

          Création du monde

          Veux-tu gagner l’univers ?
          Reste assis à ta croisée.
          Le monde n’est que l’envers
          De ce qu’y peint ta buée.

Visage nuage, Seuil, 1955.

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Prose

     « En visitant telle région de France, la Haute-Provence ou les Causses par exemple, vous avez pu voir des villages et même des cantons entiers en voie d’abandon : tout tombe en ruines, et les rares habitants qui demeurent y vivent de plus en plus mal, isolés, appauvris et précaires, à l’ombre de vestiges souvent glorieux. Ils vivent ‑ et meurent ‑ de nostalgie, trop peu nombreux, trop incertains d’eux-mêmes et de leur foi pour renouveler l’alliance qui les assurait de l’avenir. Bien qu’ils n’aient pas quitté le sol natal, ils finissent par lui devenir étrangers. De fait, la terre retourne à l’aride, les fontaines s’obstruent ou se perdent, la nature sauvage reprend ses droits : les repères de la mémoire s’effacent. L’enracinement est ici la pire souffrance : je meurs, et rien ne me survit, puisque je meurs d’une autre mort que la mienne, celle de la foi ou je fus enté. »

« La liberté de l’artiste et de l’écrivain », conférence de Pierre Emmanuel à la Semaine des intellectuels catholiques 1952, Séance du jeudi 8 mai sous la présidence de M. Jacques Madaule, in L’Église et la liberté, Pierre Horay, coll. « Flore », p. 161-170.

Le centre de recherche

Le mot du Président

     Le Centre de Recherche Pierre Emmanuel attache la plus grande importance au site Pierre Emmanuel. Récemment créé, grâce à l’Association des Amis de Pierre Emmanuel, à la générosité de la famille du poète, aux compétences et à l’inlassable activité d’Anne Simonnet, ce site fédère les efforts de tous ceux qui sont attachés à l’œuvre de Pierre Emmanuel et ont pris à tâche de la faire mieux connaître. Très riche et fort bien présenté, ce site est un excellent instrument de dialogue entre les spécialistes de Pierre Emmanuel et ceux qui, venant des horizons les plus variés, découvrent son œuvre littéraire, son action culturelle, son engagement dans la vie de la cité.
     Depuis sa fondation, en novembre 1986, le Centre de Recherche Pierre Emmanuel s’efforce de promouvoir et de développer la recherche sur l’œuvre, les activités et la pensée de Pierre Emmanuel. Du premier classement des manuscrits et des inédits du poète à l’organisation de colloques universitaires, de la publication des œuvres poétiques complètes à la publication d’inédits, ses réalisations se sont toujours inspirées de ces principes. La vitalité du site est une aide très efficace à la réussite des actions envisagées pour 2014, trentième anniversaire de la mort de Pierre Emmanuel, et 2016, centième anniversaire de sa naissance.

François Livi, Président


Souvenir et hommage des exécuteurs testamentaires

     Ginette Adamson, Anne-Sophie Constant et François Livi.
     
Chacun d'eux a bien voulu répondre à trois questions :
     - Comment avez-vous connu Pierre Emmanuel ?
     - Quel livre du poète préférez-vous ?
     - Pourquoi vous semble-t-il important que son oeuvre soit connue ?
 

Éditions, rééditions…

On en parle...

26 avril – 16 juin

     L’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) propose, du 26 avril au 16 juin 2019, une grande exposition intitulée Liberté, j’écris ton nom présentant des archives de la vie littéraire sous l’Occupation. Celles de Pierre Emmanuel sont naturellement présentes à plusieurs endroits, en particulier dans la vitrine des revues poétiques.
     François Bordes, délégué à la recherche à l’IMEC, a évoqué Pierre Emmanuel lors de la rencontre qu’il a animée sur la « bibliothèque de l’ombre 1935-1945 », en ouverture de l’exposition.
     Albert Dichy, directeur littéraire de l’IMEC le mentionne également à plusieurs reprises dans l’article de Télérama du 29 avril dernier : « L’archive peut toucher du doigt l’histoire dans ce qu’elle de plus intime, merveilleux, terrible ».


5 mars 2019

     M. Jean Mathieu, ancien élève de l’École centrale de Lyon, fondateur et directeur du Laboratoire de mécanique des fluides et d’acoustique de 1959 à 1985, est décédé ce 5 mars 2019. Cousin germain de Pierre Emmanuel, il était l’un de ceux qui l’avaient le plus connu durant son adolescence. C’est en effet à ses parents que le jeune Noël avait été confié à sa rentrée au collège des Lazaristes de Lyon, en 1926. Exactement du même âge que Roger, Jean a toujours considéré Noël comme son grand frère.
     C’est à lui que nous devons nombre de détails sur cette époque et de photos de famille.


Jean Mathieu, sa mère et Noël (Pierre Emmanuel)


La photo est prise par Noël grâce à l'appareil de photo que lui avait offert son père.

 
Jean et Yvette Mathieu (juillet 2013)


4 mars 2019

     Jean Starobinski, critique littéraire et grand ami de Pierre Emmanuel durant la guerre, est mort ce lundi 4 mars 2019.
    Pierre Emmanuel l’avait rencontré à l’automne 1942 lors de son premier voyage en Suisse.

 

     En décembre 1944 Jean Starobinski écrivait :
     « Ce qui surprend au premier contact, pour qui aborde la poésie de Pierre Emmanuel, c’est la voix. Ouvrir un de ses livres, c’est s’exposer à être atteint et pénétré par une voix. Et il faut ajouter aussitôt : une voix pleinement matérielle, une réalité vocale concrète, - presque instrumentale. Une voix dont le pouvoir n’est peut-être pas tant de toucher que de traverser, et de traverser avec violence : elle possède à la fois la plasticité sonore et le pouvoir de dépassement. Elle donne à son retentissement la valeur d’une conquête sur l’espace : elle progresse et s’élargit jusqu’à l’extrême limite du regard, dans un souffle à la fois humain et inhumain. Humain, certes, car les mots qui résonnent ici n’ont pas perdu cette chaleur vivante, cette intimité du corps vivant où ils étaient d’abord confondus avant de devenir chose écrite et sonore. Dans le souffle qui les transporte, ces mots ne demeurent point comme des signes incorruptibles ; ce sont des substances malléables et altérables : sous le chiffre typographique, le poème est un vaste organisme respirant, un vocable complexe qui perpétue un grand acte respiratoire. »