PIERRE EMMANUEL

Les nouveautés sur le site

Septembre 2019


   La frise du centenaire en 3D : activités et articles à voir ici
~ janvier 2016-avril 2017 ~

 

• Cela s'est passé un... Semaine du 8 au 15 septembre (ci-dessous).

L'extrait du mois :
     - « Soir de l’homme », Combats avec tes défenseurs, Seghers, 1942, Œuvres poétiques complètes, vol. I, L’Âge d’Homme, 2001, p. 110.

     - « La Terre grosse comme un poing », France Catholique, n° 1868, 1 octobre 1982.

Regard sur... Walt Whitman.



Des nouvelles dans "On en parle...", colonne de droite: livres, émissions et articles nouveaux sur Pierre Emmanuel.


 La lettre de l'Association des Amis de Pierre Emmanuel et le bulletin d'adhésion 2019. Merci aux généreux donateurs !



IMPORTANT : Les photos, textes et autres documents de ce site ne sont pas libres de droit, ceux de Facebook ou des affiches non plus.


• Rappel : les liens sont visibles lorsqu'on passe sur le texte.
               Pierre Emmanuel a sa page facebook (ici).

 
Précédemment...    en 2019
2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012

Le mot de l'Association

     Depuis sa création, en 1985, l'Association s'est attachée à servir la mémoire de Pierre Emmanuel et à faire connaître son œuvre en apportant son soutien à des publications, rencontres, expositions, émissions radiophoniques et à différents hommages en France comme à l'étranger.
     La création d'un site Pierre Emmanuel s'est imposée comme une évidence et une priorité. Un nouvel outil pour retracer l'itinéraire de l'écrivain, du poète et de l'homme d'action engagé dans son siècle en faisant découvrir ses multiples visages : l'homme de culture, son action auprès des médias, mais aussi l'homme de foi, l'homme courageux, le résistant, le défenseur des droits de l'homme.
     C'est un travail énorme qui fut engagé, un travail exigeant et rigoureux mené par Anne Simonnet (*) aidée dans ses recherches par des témoins de la vie de Pierre Emmanuel, par le Centre de recherche et par la famille du poète. Une approche aussi complète a nécessité des années de consultation dans les archives de la BNF, de l'Imec, l'Ina, et d'autres fonds. Des manuscrits, des photographies, des lettres et des documents souvent inédits, prêtés par des amis, des proches ou d'anciens collaborateurs de Pierre Emmanuel ont considérablement enrichi le site.
     Pierre Emmanuel visionnaire, initiateur et créateur de la Vidéothèque (Forum des Images), confiant dans les nouvelles technologies, aurait certainement apprécié l'instrument de connaissance, de dialogue et d'échange que constitue un tel site.
     Proposer un site clair, lisible, complet et accessible à tous, telle fut notre démarche pour que Pierre Emmanuel reste vivant dans les mémoires.

Catherine Carlier, Présidente de l'Association

 

 (*) Anne Simonnet est professeur de Lettres classiques, Docteur ès Lettres, auteur de l'ouvrage Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint et d'une thèse : Le Christ de Pierre Emmanuel. L'élaboration d’un mythe personnel.

La lettre de l'Association 2019Bulletin d'adhésion 2019

Cela s'est passé un... (La micro-information du jour)

8 septembre

8 septembre 1973

     Pierre Emmanuel préside la dernière journée du Colloque pour le centenaire de la naissance de Péguy, à Orléans, du 6 au 8 septembre 1973, et fait la conférence de l’après-midi, « L’utopie concrète : Marcel » (in Charles Péguy écrivain, Éd. Roger Secretain, Klincksieck, coll. « Actes et colloques », n° 21, 1978, p. 263. Repris dans la Révolution parallèle, « Préface à l’Utopie », p. 239-248.)

 

9 septembre

9 septembre 1972

     « L’ancien testament d’Orphée », article de Marc Alyn dans Le Figaro littéraire, n° 1373, p. 13. « “Il y a des hommes-océan”, affirmait Hugo en songeant un peu à Shakespeare et beaucoup à lui-même. On pourrait en dire autant de certains livres, rares, dont les significations s’étagent sur tant de plans différents qu’ils échappent à toute définition comme à tout résumé. C’est le cas du grand cycle mythique de Pierre Emmanuel, partie centrale d’une œuvre tenue à l’écart des modes par son ampleur et sa gravité, et qui comprend : Tombeau d’Orphée, Sodome, Babel, Jacob, en attendant une Ève à naître mais de longue date conçue et caressée en pensée. »

 

10 septembre

10 septembre 1979

     « Les dissidents parmi nous », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, p. 1, 6. « Personnellement, j’ai lu depuis quarante ans l’essentiel de leur témoignage, et mesure ce qu’apportent de vraiment neuf à la réflexion de l’homme sur soi les Zinoviev, les Chafarévitch, les Boukovski, tous philosophes d’un constat intolérable et d’un nécessaire dépassement. Et je crois qu’il est temps d’en finir avec l’utopie fossilisée de la gauche et d’établir quelque part un lien de rencontres et d’élaboration en commun d’une nouvelle pensée sur l’histoire, à laquelle puissent contribuer des gens aussi différents que les rescapés du nazisme, du stalinisme, de l’impérialisme soviétique en Europe de l’Est, ainsi que tous les dégrisés de l’ivresse socialiste occidentale, tous les anciens drogués du néo-libéralisme dont le seul pouvoir sur notre société est celui de l’endormir dans son rêve économiste. »

 

11 septembre

11 septembre 1974

     « 1350 enseignants catholiques en formation à Orléans. L’aventure des hommes de bonne volonté », article d’André Meury dans Le Monde, p. 15. Pierre Emmanuel était invité à ce rassemblement et y fit une longue intervention. Le journaliste relate : “M. Pierre Emmanuel, réclamant pour les enfants le droit “d’être heureux à l’école ou de pouvoir aller ailleurs s’ils en ont envie”, regrette qu’ils soient “mis en réserve pour des activités qui ne commenceront que quand ils seront adultes”. “Il faut cesser d’enfermer l’enfant dans le milieu clos de l’école”, devait-il ajouter. »

 

12 septembre

12 septembre 1971

     Discours d’ouverture au 50e Congrès international du P.E.N. Club. Un article du 23 précise les circonstances de sa non-réélection. « Il ne suffit pas au P.E.N. d’avoir une charte. Cette charte n’est pas son alibi : c’est son âme, une âme constamment éprouvée par tout ce qui, où que ce soit, porte atteinte à ce que vous croyez être les conditions du libre exercice de l’esprit. L’âme du P.E.N., dans chacun de ses membres, ne peut être aujourd’hui qu’une âme souffrante et souvent divisée. Mais ce doit être une âme vivante, qui souffre pour maintenir des valeurs partout les mêmes, bien que diversement menacées. La présence du P.E.N., communauté intellectuelle unique au monde, et l’autorité qui lui reste encore reconnue malgré l’indifférence et la contrainte qui pèsent sur les valeurs que sa charte défend, sont le miracle de la conviction qu’ont tous ses membres d’être, chacun à sa place et selon ses possibilités, les témoins et les serviteurs d’une vérité très simple à leurs yeux, et qui s’exprime par les mots traditionnellement les plus chargés de sens pour. l’homme liberté, paix, bonne entente, respect mutuel, humanité. Mots chargés de sens, et paradoxalement mots très vagues. J’allais dire très vides, tant qu’ils ne sont pas chargés de sens. Le malheur veut — mais est-ce un malheur ? — que les grands mots se fatiguent et s’usent : il est dans leur nature de dépérir parce qu’ils ne vivent que de notre croyance en eux. Ils n’existent que dans la mesure où nous les rechargeons sans cesse de signification, non dans l’abstrait, mais dans des situations très concrètes. Avoir foi dans l’homme, c’est, à chaque situation nouvelle, se régénérer de sa propre usure et de l’usure des mots. »

 

13 septembre

13 septembre 1973

     « La métaphysique du nombre », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, 13 septembre 1973, p. 1. « Force est bien d’avouer que le christianisme ne peut répondre aux questions de l’histoire. Quoi qu’il fasse pour lutter contre l’injustice en vue du mieux-être des hommes, il se courbe sous le poids de certaines fatalités où il voit d’inscrutables épreuves. Sa métaphysique de la faute originelle fait horreur à notre philosophie du progrès. Le paradoxe est qu’il ait survécu à tant de philosophies et qu’il survivra peut-être à la nôtre, comme moteur de la vraie perfection. Pourquoi ? Parce qu’il maintient que tous les hommes, quel qu’il soit sur terre leur état, sont également enfants de Dieu, ce qui est l’idée la plus progressiste jamais conçue par l’esprit humain. »

 

14 septembre

14 septembre 1981

     Allocution de Pierre Emmanuel, de l’Académie Française, au 43e congrès français de Médecine, à Montpellier. Le texte en est repris en partie dans France catholique, n° 1814, 18 sept. 1981, sous le titre « Le grand art de guérir les hommes », et intégralement dans « Médecine et sens de l’homme », La Nouvelle presse médicale, X, 46, 19 décembre 1981, p. 3755-3757. « Ma voie vers la connaissance de l’homme, c’est la poésie : la vôtre, c’est la médecine. Mais notre fin est identique : accroître la conscience que l’homme a de soi. La maladie — les bons auteurs le disent, et bien des malades, silencieusement, l’expérimentent — est une forme de cette conscience. Je suis moi-même ici pour deux raisons : par reconnaissance d’ancien malade, et par défi d’artiste aux esprits trop spécialisés.
     Par reconnaissance, parce que cinq fois au moins, dans des situations d’urgence, j’ai été sauvé par vous, et sauvé humainement. »

 

15 septembre

15 septembre 1954

     Edw. Ewbank, « L’ouvrier de la onzième heure », La Lanterne, 15 septembre 1954, p. 2. « L’ouvrier de la onzième heure qui fait suite à Qui est cet homme ? confirme ce jugement. Voici un « livre-témoin », le journal de route d’une âme qui est à la fois « exemplative », parce qu’elle offre un échantillonnage parfait des aspirations et des tourments intellectuels de toute une génération, et magnifique, parce qu’elle ne cultive que des soucis les plus nobles et qu’elle les cultive avec une intelligence exceptionnelle. M. Pierre Emmanuel, comme beaucoup de jeunes Français lettrés issus de la bonne bourgeoisie, a été élevé dans le catholicisme traditionnel qui reste le climat de beaucoup de familles où la spiritualité s’est insensiblement éteinte sans qu’on s’en aperçoive, mais où les impératifs de la respectabilité et le fétichisme du confort moral sont trop aigus pour qu’on n’aperçoive pas combien il est dangereux, pour les caractères doués de qualités moyennes, d’accepter une règle sans doute parfois gênante, mais qui ne manque en aucun cas d’être rassurante, et de remplir son office de garde-fou. »





 
 

À écouter...

Un extrait de Babel lu par Pierre Emmanuel en 1983

 

L'extrait du mois

Poésie

     dieu fut jadis au creux des mains une eau limpide
     au pied des monts sereins où chantaient les pasteurs,
     dieu fut jadis la prime alouette de l’aube
     née de la profondeur tant désirée des eaux.
     dieu fut jadis au cœur de l’homme une hirondelle
     dont le vol fluide était le dôme du printemps,
     dieu fut jadis la courbe ineffable des mondes
     que l’homme dessinait au-dessus du destin

     Q'est maintenant leur dieu ? Ô liberté ! contemple
     la Terre une dernière fois, avant l’adieu !
     Décris très haut un dernier cercle de silence
     désigne d’une obscure auréole parmi
     le chœur des arbres fraternels, Celui pensif
     (lavant son mémorial regard dans les étoiles)
     qui sent se fondre en l’éther sombre incandescent
     sa Face que la Voix façonna du dedans,
     – une Voix ravageant le monde, et pourtant sienne
     car il se reconnaît sans fin dans le tyran

« Soir de l’homme », Combats avec tes défenseurs, Seghers, 1942.

__________________

Prose

     « L’histoire, en cette fin de siècle, va très vite, surtout pour qui, né dans un Occident impérial dont la suprématie s’est effondrée sous ses yeux, s’est efforcé toute une vie d’essayer de comprendre l’immense révolution à l’échelle du monde, où toutes ses mesures, ses valeurs, ses croyances, doivent être placées dans une perspective nouvelle, à peine esquissable et qu’il faut pourtant ébaucher. Le don d’ubiquité ne s’acquiert et ne s’entretient que par une vigilance universelle, et non par la seule fréquentation des journaux et des media. L’idée simpliste que tous les responsables planétaires ont le même langage et la même notion du réel parce qu’ils discutent des mêmes questions économiques ou stratégiques, est pur mirage occidental qu’il importe de dissiper pour voir l’autre autant que possible tel qu’il est. Cet autre, ce peut être l’URSS, l’Inde, la Chine, ou ces trois pays puissamment industrieux du Pacifique : le Japon, la Corée, Taiwan ; ce peut être l’Amérique latine, ou l’Afrique noire, ou l’islam. C’est, tout proche, pour les Méditerranéens du nord, l’islam au sud de la Méditerranée comme celui des villes et campagnes d’Europe : c’est le manœuvre algérien d’Aulnay-sous-Bois ou le maçon marocain de Tarascon.
     […] Il est grand temps, frères humains, de penser. La Terre a toujours été multi-raciale : mais, autrefois grande comme un monde, elle est à présent petite comme un poing. Se venger sur l’autre de son propre passé demande beaucoup d’espace : et comme il va de plus en plus nous manquer, toute vengeance historique frappera ensemble les deux camps, qui déjà ne sont plus deux bien qu’ils le croient encore. Hélas ! penser fut toujours une activité de surcroît, dont ceux qui pensent espèrent en vain qu’elle serve une fois épuisés les moyens de force, et conséquemment, les frères ennemis qui se servaient d’eux. Que n’en soient pourtant pas découragés ceux qui pensent ! Dans le peuple des Béatitudes, il y a place pour eux aussi. »

« La Terre grosse comme un poing », France Catholique, n° 1868, 1 octobre 1982.

Le centre de recherche

Le mot du Président

     Le Centre de Recherche Pierre Emmanuel attache la plus grande importance au site Pierre Emmanuel. Récemment créé, grâce à l’Association des Amis de Pierre Emmanuel, à la générosité de la famille du poète, aux compétences et à l’inlassable activité d’Anne Simonnet, ce site fédère les efforts de tous ceux qui sont attachés à l’œuvre de Pierre Emmanuel et ont pris à tâche de la faire mieux connaître. Très riche et fort bien présenté, ce site est un excellent instrument de dialogue entre les spécialistes de Pierre Emmanuel et ceux qui, venant des horizons les plus variés, découvrent son œuvre littéraire, son action culturelle, son engagement dans la vie de la cité.
     Depuis sa fondation, en novembre 1986, le Centre de Recherche Pierre Emmanuel s’efforce de promouvoir et de développer la recherche sur l’œuvre, les activités et la pensée de Pierre Emmanuel. Du premier classement des manuscrits et des inédits du poète à l’organisation de colloques universitaires, de la publication des œuvres poétiques complètes à la publication d’inédits, ses réalisations se sont toujours inspirées de ces principes. La vitalité du site est une aide très efficace à la réussite des actions envisagées pour 2014, trentième anniversaire de la mort de Pierre Emmanuel, et 2016, centième anniversaire de sa naissance.

François Livi, Président


Souvenir et hommage des exécuteurs testamentaires

     Ginette Adamson, Anne-Sophie Constant et François Livi.
     
Chacun d'eux a bien voulu répondre à trois questions :
     - Comment avez-vous connu Pierre Emmanuel ?
     - Quel livre du poète préférez-vous ?
     - Pourquoi vous semble-t-il important que son oeuvre soit connue ?
 

Éditions, rééditions…

On en parle...

3 septembre 2019

      Le site lapresse.ca rend hommage au journaliste Pierre Nadeau, mort ce 3 septembre 2019. Elle rappelle :

     « C’est le grand poète et futur académicien Pierre Emmanuel qui se prit de sympathie pour le jeune Canadien et qui lui octroya des petites piges à raison de cinq dollars pièce. »

     On peut lire l’article ici.


3 juillet 2019

     L’Express reprend un article de 1981 : « Poésie contemporaine : Orphée pas mort ! » de Claude Michel Cluny. On y lit le nom de Pierre Emmanuel.

     À lire ici.


26 avril – 16 juin

     L’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) propose, du 26 avril au 16 juin 2019, une grande exposition intitulée Liberté, j’écris ton nom présentant des archives de la vie littéraire sous l’Occupation. Celles de Pierre Emmanuel sont naturellement présentes à plusieurs endroits, en particulier dans la vitrine des revues poétiques.
     François Bordes, délégué à la recherche à l’IMEC, a évoqué Pierre Emmanuel lors de la rencontre qu’il a animée sur la « bibliothèque de l’ombre 1935-1945 », en ouverture de l’exposition.
     Albert Dichy, directeur littéraire de l’IMEC le mentionne également à plusieurs reprises dans l’article de Télérama du 29 avril dernier : « L’archive peut toucher du doigt l’histoire dans ce qu’elle de plus intime, merveilleux, terrible ».


5 mars 2019

     M. Jean Mathieu, ancien élève de l’École centrale de Lyon, fondateur et directeur du Laboratoire de mécanique des fluides et d’acoustique de 1959 à 1985, est décédé ce 5 mars 2019. Cousin germain de Pierre Emmanuel, il était l’un de ceux qui l’avaient le plus connu durant son adolescence. C’est en effet à ses parents que le jeune Noël avait été confié à sa rentrée au collège des Lazaristes de Lyon, en 1926. Exactement du même âge que Roger, Jean a toujours considéré Noël comme son grand frère.
     C’est à lui que nous devons nombre de détails sur cette époque et de photos de famille (tous droits réservés sur les photos ci-dessous).


Jean Mathieu, sa mère et Noël (Pierre Emmanuel)


La photo est prise par Noël grâce à l'appareil de photo que lui avait offert son père.

 
Jean et Yvette Mathieu (juillet 2013)


4 mars 2019

     Jean Starobinski, critique littéraire et grand ami de Pierre Emmanuel durant la guerre, est mort ce lundi 4 mars 2019.
    Pierre Emmanuel l’avait rencontré à l’automne 1942 lors de son premier voyage en Suisse.

 

     En décembre 1944 Jean Starobinski écrivait :
     « Ce qui surprend au premier contact, pour qui aborde la poésie de Pierre Emmanuel, c’est la voix. Ouvrir un de ses livres, c’est s’exposer à être atteint et pénétré par une voix. Et il faut ajouter aussitôt : une voix pleinement matérielle, une réalité vocale concrète, - presque instrumentale. Une voix dont le pouvoir n’est peut-être pas tant de toucher que de traverser, et de traverser avec violence : elle possède à la fois la plasticité sonore et le pouvoir de dépassement. Elle donne à son retentissement la valeur d’une conquête sur l’espace : elle progresse et s’élargit jusqu’à l’extrême limite du regard, dans un souffle à la fois humain et inhumain. Humain, certes, car les mots qui résonnent ici n’ont pas perdu cette chaleur vivante, cette intimité du corps vivant où ils étaient d’abord confondus avant de devenir chose écrite et sonore. Dans le souffle qui les transporte, ces mots ne demeurent point comme des signes incorruptibles ; ce sont des substances malléables et altérables : sous le chiffre typographique, le poème est un vaste organisme respirant, un vocable complexe qui perpétue un grand acte respiratoire. »