PIERRE EMMANUEL

Les nouveautés sur le site

Mars 2019


   La frise du centenaire en 3D : activités et articles à voir ici
~ janvier 2016-avril 2017 ~

 

• Cela s'est passé un... Semaine du 17 au 24 mars (ci-dessous).

L'extrait du mois :
     - Babel, « Aux parleurs de paroles », Desclée de Brouwer, 1951, 1969, p. 253-254, Oeuvres poétiques complètes, t. I, L'Âge d'Homme, 2001, p. 710.

     - « Christ ressuscité », conférence prononcée au Centre  des intellectuels catholiques (6-16 mars 1968), in Qui est Jésus-Christ ?, DDB, coll. « Recherches et débats », 1968, p. 139-147. Repris dans Choses dites, « Discours sur la résurrection », DDB, 1970, p. 276.

• Regard sur... Heinrich Heine.

Des nouvelles dans "On en parle...", colonne de droite: livres, émissions et articles nouveaux sur Pierre Emmanuel.


 La lettre de l'Association des Amis de Pierre Emmanuel et le bulletin d'adhésion 2018. Merci aux généreux donateurs !



IMPORTANT : Les photos, textes et autres documents de ce site ne sont pas libres de droit, ceux de Facebook ou des affiches non plus.


• Rappel : les liens sont visibles lorsqu'on passe sur le texte.
               Pierre Emmanuel a sa page facebook (ici).

 
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Le mot de l'Association

     Depuis sa création, en 1985, l'Association s'est attachée à servir la mémoire de Pierre Emmanuel et à faire connaître son œuvre en apportant son soutien à des publications, rencontres, expositions, émissions radiophoniques et à différents hommages en France comme à l'étranger.
     La création d'un site Pierre Emmanuel s'est imposée comme une évidence et une priorité. Un nouvel outil pour retracer l'itinéraire de l'écrivain, du poète et de l'homme d'action engagé dans son siècle en faisant découvrir ses multiples visages : l'homme de culture, son action auprès des médias, mais aussi l'homme de foi, l'homme courageux, le résistant, le défenseur des droits de l'homme.
     C'est un travail énorme qui fut engagé, un travail exigeant et rigoureux mené par Anne Simonnet (*) aidée dans ses recherches par des témoins de la vie de Pierre Emmanuel, par le Centre de recherche et par la famille du poète. Une approche aussi complète a nécessité des années de consultation dans les archives de la BNF, de l'Imec, l'Ina, et d'autres fonds. Des manuscrits, des photographies, des lettres et des documents souvent inédits, prêtés par des amis, des proches ou d'anciens collaborateurs de Pierre Emmanuel ont considérablement enrichi le site.
     Pierre Emmanuel visionnaire, initiateur et créateur de la Vidéothèque (Forum des Images), confiant dans les nouvelles technologies, aurait certainement apprécié l'instrument de connaissance, de dialogue et d'échange que constitue un tel site.
     Proposer un site clair, lisible, complet et accessible à tous, telle fut notre démarche pour que Pierre Emmanuel reste vivant dans les mémoires.

Catherine Carlier, Présidente de l'Association

 

 (*) Anne Simonnet est professeur de Lettres classiques, Docteur ès Lettres, auteur de l'ouvrage Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint et d'une thèse : Le Christ de Pierre Emmanuel. L'élaboration d’un mythe personnel.

La lettre de l'Association 2018Bulletin d'adhésion 2018

Cela s'est passé un... (La micro-information du jour)

17 mars

17 mars 1973

     « Les frontières de l’interdit », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro littéraire, n° 1400, p. 15, 16. « À de rares exceptions près, ce n’est donc pas le réalisme qui fait la force de l’érotisme noir. C’est son intention blasphématoire, la tentative violemment symbolique ébauchée par l’esprit de s’arracher à lui-même, à son propre dégoût. Je puis comprendre la tension de telles œuvres, leur frénésie lucide, leur volontarisme violateur de la psyché. Enfreindre tout interdit, même dans le seul imaginaire, peut conduire à la folie, et ces livres sont démentiels avec rigueur. Ils approchent d’un point extrême de l’être, du lieu de non-retour. D’où leur fin, généralement catastrophique. Le lien qu’ils révèlent entre l’esprit et le sexe, entre le sexe, le sang, l’ordure, la mort, l’équivoque relation qu’ils soulignent entre victime et bourreau, tout cela est odieux à notre confort intellectuel. Mais cela est de l’énigme de l’homme, que notre temps redécouvre dans le chaos de l’histoire et le désordre des mœurs. Plus on en est conscient, mieux on défend la face humaine contre les simplismes réducteurs autrement redoutables que la complexité de l’instinct. »

 

18 mars

18 mars 1983

     « Penser ensemble, vœu pieux ou nécessité ? » (6 mars 1983), France catholique, n° 1892. « La conviction […] que notre pensée politique peut être un modèle et un phare aux yeux des peuples luttant pour leur liberté, est à la fois, depuis la Révolution française, l’une de nos certitudes essentielles et de nos illusions invétérées. […] C’est ainsi, depuis deux cents ans, que l’histoire est devenue l’espace où se déploient les idéologies en marche, et qu’elle a donc ajouté à sa férocité naturelle l’absolutisme des idées. Décrasser les événements de leur verbiage idéologique est une entreprise presque impossible, même lorsqu’il s’agit d’une opération politique aussi intégrée à nos mœurs que l’élection municipale de ce jour. Les chercheurs s’intéressant à la terminologie électorale peuvent constater à quel point elle vieillit peu, si les idées qu’elle exprime vieillissent. Notre politique n’a certes pas le langage de la modernité : l’éternelle jeunesse de ses slogans est la meilleure preuve de sa sénescence. “Droite” et “gauche”, pour correspondre quelque peu à la réalité du monde, devraient bien faire un rude effort d’observation et d’imagination. »

 

19 mars

19 mars 1942

     Lettre à Seghers. « [J]e me demande si un peu de dépaysement (musique, peinture, conversations) ne me ferait pas du bien. La musique surtout me manque ; c’est parfois une véritable souffrance. Si tu rencontres un jour LE MÉCÈNE à genoux devant mon super-génie, tu n’oublieras pas de lui dire qu’un poste de T.S.F. me rendrait heureux (non pour les nouvelles, mais pour la musique). »

 

20 mars

20 mars 1974

     « Silence dans le rang », Le Figaro, p. 1, 30. « Il faut s’accrocher à cette idée simple que la liberté est indivisible, et que, quoi qu’on dise parfois, le droit au pain quotidien est lié au droit à l’esprit. Malheureusement les intellectuels, divisés sur leurs choix politiques, sont devenus étrangement impuissants à soutenir cette vérité et se condamnent donc à la mort civile, non par décision du pouvoir, mais par inanition de la pensée. Laisser étouffer ailleurs cette dernière n’est pas se préserver, c’est s’étouffer soi-même. Il est temps que les intellectuels, particulièrement les hommes du verbe, retrouvent le sens de la communauté, la capacité de définir cette liberté dont ils sont les témoins face au pouvoir et s’il le faut contre lui. (…)  Défendre la liberté au nom de ceux qui ne le peuvent, est un devoir impérieux mais qui commande la plus constante modestie : nous qui, dans un pays relativement libre, protestons contre les abus totalitaires, que ferions-nous, en quel trou de rat nous terrerions-nous peut-être, là même où d’autres défendent sans espoir une impossible liberté ? »

 

21 mars

21 mars 1980

     « La création littéraire est menacée », Le Monde, p. 38. « M. Pierre Emmanuel, délégué national du RPR à la culture, affirme que la liberté des prix appliquée au marché du livre menace la vie intellectuelle et la création littéraire.
     Dans un communiqué, M. Emmanuel fait notamment remarquer que, “devenu une marchandise comme les autres, le livre ne se vendra plus que dans la mesure où il sera conçu et fabriqué comme un produit de masse : la littérature ne sera plus faite que d’“ouvrages à gros tirages”.
     Ainsi, poursuit-il “Un domaine essentiel du patrimoine de notre culture sera-t-il abandonné sans protection à la seule logique de la rentabilité immédiate”. »

 

22 mars

22 mars 1964

     Joseph Bertrand, « Pierre Emmanuel et le goût de l’Un », Le Phare, 22 mars 1964, p. 5. « Henri Brémond rapprochait la poésie de la prière. On sait cependant avec Jacques et Raïssa Maritain que la poésie n’est pas la prière et Pierre Emmanuel en apporte une preuve indirecte. Mais est-il possible de lire ce texte sans mesurer jusqu’où la purification exercée par la gestation du verbe poétique peut conduire celui qui le profère. Peu d’aveux de poètes m’ont bouleversé autant que celui-là. À la fois par sa vive lucidité et par le déchirant conflit qu’il résume. Parti d’une mythologie chrétienne plutôt que des valeurs doctrinales de la foi, d’une symbolique d’inspiration chrétienne, considérée comme une victoire sur le temps et la dispersion de l’être, plus que d’une religion qui soit la voie d’une rédemption surnaturelle, Pierre Emmanuel aboutit à ce point d’une ascèse poétique qui est l’amorce d’un engagement spirituel plus radical, mais où le discours poétique, parvenu à son terme opératoire, ne peut encore se résigner à se renoncer pour s’en remettre, muet, à une autre Parole, prononcée seulement dans l’absolu silence de l’abandon. »

 

23 mars

23 mars 1970

    Diffusion de l’émission radiophonique « Un livre, des voix » consacrée à Jacob. « Jacob n’importe qui, c’est tout homme en lutte avec lui-même, tout homme en lutte pour trouver son sens ultime, et pour trouver non seulement sa raison d’être, mais pour trouver sa véritable nature, sa véritable réalité. Cette réalité pour moi c’est le Christ en nous, le Christ qui est à la fois tout homme et Dieu, le Christ qui en quelque sorte somme, fait la somme de toutes les puissances de la nature humaine et les élève jusqu’à la réalité éternelle. Jacob luttant au gué de Jabokk lutte avec cette réalité éternelle qui lui imprime son image, cette image est le Christ, elle doit être retrouvée en n’importe qui. »

 

24 mars

24 mars 1980

     « L’avenir de la religion », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, p. 1, 9. « Le défi historique à la religion du Dieu fait homme est qu’elle fasse la preuve, non de sa supériorité mais de l’ampleur de son ouverture à l’essentiel, d’où qu’il vienne. Cette compréhension vaut aussi bien envers le sérieux de l’athéisme, tout autre que la frivolité agnostique de tant d’existants superficiels. Ce que leur foi demande aux chrétiens comme aux autres croyants en la Réalité suprême, c’est d’être les artisans d’une régénération du sens : car, ayant enfin ruiné en raison tout désir de Dieu en eux-mêmes, c’est de l’humain que désespèrent les hommes de notre temps. Ce nihilisme, aujourd’hui déguisé par l’abondance et le confort, est gros de formidables pulsions destructrices. Un jour peut venir où, pour la survie de l’espèce, la nécessité planétaire du sens l’emporte violemment sur la rationalité insensée d’une société qui se croit auto-suffisante d’engendrer sans cesse de nouveaux “progrès matériels”.»

 
 

À écouter...

Un extrait de Babel lu par Pierre Emmanuel en 1983

 

L'extrait du mois

Poésie

Je vous entends, dit l’Éternel. Et je sais bien que vous avez fait
De votre blasphème un tympanon, de votre désespoir une cymbale :
En célébrant votre néant c’est votre orgueil qui se glorifie
Son creux vous crève le tympan, vous confondez votre vacarme
Et la gueule d’apocalypse qui luira comme le fond de la mer
Quand elle flottera poisson mort le ventre en l’air à la crête des hommes
À la crête des drapeaux rouges, au fer des piques accrochée.

Pourquoi vous faire grands avec des mots ? Philosophes au cerveau de crécelle
Bâtisseurs de monuments de papier, de Babels au front saturé d’encre
Je vous entends, cadavres bavards. Vous prétendez vous dépouiller
De votre linceul de journaux, mais c’est une montagne et non plus un linceul
Une montagne sans consistance plus lourde pourtant que la pierre :
Et vous, surhommes nazaréens à quatre pattes dans le tombeau
Ruez des reins comme un mulet qui voudrait jeter son bât à terre
– Vous la nommez révolution cette révolte domestiquée !

Les vrais prophètes parmi vous, ce sont ceux qui se taisent terribles

Babel, « Aux parleurs de paroles », Desclée de Brouwer, 1951, 1969, p. 253-254.

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Prose

     « Vivre dans la foi, c’est être avant tout et en tout, fût-ce contre soi-même et sa propre raison, le messager de ce scandale, et faire en sorte qu’il se perpétue dans son insoutenable immédiateté.
     Parmi les messagers de ce scandale, l’artiste a pour fonction propre d’épouser les contradictions de notre cœur pris entre mort et résurrection. La profondeur du psychisme humain est bouleversée comme au premier jour par l’événement de Pâques : jamais l’âme ne s’habitue à cette idée, justement parce que ce n’en est pas une, mais une réalité inconcevable qui nous tire à soi en faisant violence à toute notre mortalité. Qui, mieux qu’un artiste, ce résonateur des paradoxes, peut prendre sur lui, en l’intégrant dans son art qui l’exprime et le dépasse, l’expérience universelle d’un tel ébranlement fondamental ? Son témoignage atteste que le fait objectif ne peut saisir la permanence et la nouveauté d’un étonnement qui, aujourd’hui comme sur le chemin de Damas, frappe dans son incrédulité radicale l’homme dont il fait un chrétien. »

Choses dites, « Discours sur la résurrection », DDB, 1970, p. 276.

Le centre de recherche

Le mot du Président

     Le Centre de Recherche Pierre Emmanuel attache la plus grande importance au site Pierre Emmanuel. Récemment créé, grâce à l’Association des Amis de Pierre Emmanuel, à la générosité de la famille du poète, aux compétences et à l’inlassable activité d’Anne Simonnet, ce site fédère les efforts de tous ceux qui sont attachés à l’œuvre de Pierre Emmanuel et ont pris à tâche de la faire mieux connaître. Très riche et fort bien présenté, ce site est un excellent instrument de dialogue entre les spécialistes de Pierre Emmanuel et ceux qui, venant des horizons les plus variés, découvrent son œuvre littéraire, son action culturelle, son engagement dans la vie de la cité.
     Depuis sa fondation, en novembre 1986, le Centre de Recherche Pierre Emmanuel s’efforce de promouvoir et de développer la recherche sur l’œuvre, les activités et la pensée de Pierre Emmanuel. Du premier classement des manuscrits et des inédits du poète à l’organisation de colloques universitaires, de la publication des œuvres poétiques complètes à la publication d’inédits, ses réalisations se sont toujours inspirées de ces principes. La vitalité du site est une aide très efficace à la réussite des actions envisagées pour 2014, trentième anniversaire de la mort de Pierre Emmanuel, et 2016, centième anniversaire de sa naissance.

François Livi, Président


Souvenir et hommage des exécuteurs testamentaires

     Ginette Adamson, Anne-Sophie Constant et François Livi.
     
Chacun d'eux a bien voulu répondre à trois questions :
     - Comment avez-vous connu Pierre Emmanuel ?
     - Quel livre du poète préférez-vous ?
     - Pourquoi vous semble-t-il important que son oeuvre soit connue ?
 

Éditions, rééditions…

On en parle...

28 février 2019

     M. Jean Mathieu, ancien élève de l’École centrale de Lyon, fondateur et directeur du Laboratoire de mécanique des fluides et d’acoustique de 1959 à 1985, est décédé ce 28 février 2019. Cousin germain de Pierre Emmanuel, il était l’un de ceux qui l’avaient le plus connu durant son adolescence. C’est en effet à ses parents que le jeune Noël avait été confié à sa rentrée au collège des Lazaristes de Lyon, en 1926. Exactement du même âge que Roger, Jean a toujours considéré Noël comme son grand frère.
     C’est à lui que nous devons nombre de détails sur cette époque et de photos de famille.


Jean Mathieu, sa mère et Noël (Pierre Emmanuel)


Jean et ses parents. Photo prise par Noël avec l'appareil que lui avait offert son père.

 
Jean et Yvette Mathieu (juillet 2013)


4 mars 2019

     Jean Starobinski est décédé ce lundi 4 mars 2019. Grand ami de Pierre Emmanuel, il l’avait rencontré à l’automne 1942, lors de son premier voyage en Suisse. En l’honneur de ce grand intellectuel, musicien, critique littéraire, voici un extrait un peu long d’un texte sans doute publié par Egloff et que Pierre Emmanuel avait tout particulièrement apprécié.

     « J’ai dit que la poésie de Pierre Emmanuel était essentiellement réfléchie sur soi-même, mais qu’elle avait hâte de dépasser l’expérience personnelle et de découvrir aussitôt, à travers l’épreuve solitaire, la fonction universelle. Cela est vrai surtout d’un sentiment qui est à la racine de cette poésie : se sentir exister, éprouver le mystère de cette présence charnelle et spirituelle qui est moi… Mais, presque aussitôt, c’est solidairement qu’Emmanuel se sent exister, non pas seulement vivant de son souffle singulier, mais participant au monde pluriel des vivants, éprouvant dans le mystère de sa propre existence le drame de toute existence. Ce passage à la généralité, (mais non pas à l’abstrait !) se fait par l’intérieur. Pour Emmanuel, la fraternité humaine est scellée dans les régions les plus profondes de la vie. Mais il y a autre chose encore : il y a une responsabilité qui s’impose alors à lui comme un fait et comme un devoir. Si le monde, si les hommes ne sont pas seulement représentés en nous, mais réellement présents, nous devenons responsables de leur destin, nous devenons aussi leurs complices. Nous devons accepter qu’ils nous fassent souffrir, et c’est de notre propre misère, et de notre propre ignominie qu’ils nous font souffrir… De là chez Emmanuel ce caractère de souffrance qui accompagne son amitié intérieure pour les êtres et les choses. Le monde qu’il accueille en lui, c’est un monde où le mal n’a pas été amorti ; aucune blessure n’y est encore guérie. Tout l’effort reste à faire : il faudra conduire une bataille, il faudra que le drame se mette en mouvement et tende vers son éclatement, il faudra qu’une crise intervienne et qu’une décision soit obtenue, soit dans le sens d’un salut, soit dans le sens d’une destruction. Mais avant que s’engage cette lutte, au moment où ce monde intérieur commence seulement à lui apparaître, Pierre Emmanuel découvre une réalité qui attend encore son accomplissement, et qui, n’ayant pas encore reçu son sens, demeure également partagée entre la Menace et la Promesse. »

Jean Starobinski, manuscrit et tapuscrit, décembre 1944, Bibliothèque nationale de Berne, Suisse.

 
 Jean Starobinski et Pierre Emmanuel en 1942

     Le journal La Croix nomme Pierre Emmanuel dans son hommage à Jean Starobinski le 7 mars. À lire ici.


Février 2019

     Les éditions Corlevour publient une réédition de La Face humaine qu’elles présentent ainsi :

     « "Le but de ce livre n'est pas de donner je ne sais quelles règles d'une poésie qui se dirait "religieuse", mais de montrer quel mode d'adoration prolonge logiquement la poésie. Louange adressée à l'Ouvert, ce livre est lui-même un acte d'adoration mené de son début à son terme. L'adoration, face au transcendant, est l'acte intégrateur parvenu à son point de rupture : donc le résultat du travail de la pensée en vue de sa cohérence même, travail qui réussit par cette rupture illuminante où il échoue. Ce travail fait apparaître et converger dans l'homme certaines directions ou intentions privilégiées, constantes de l'esprit dans son activité créatrice, dans sa quête réalisante. La poésie, l'une de ces constantes, peut être dite l'usage exhaustif du verbe en quête de son essence. Qui entend cette définition est un poète, quand même il n'aurait jamais écrit un seul vers : mais qui ne l'entend pas, même s'il est poète, ne sera jamais pleinement, exhaustivement tel. Sans pour autant mépriser le métier des vers, ni les jeux verbaux de l'intelligence sensible, je n'emploie le mot "poésie" que dans le sens d'attention passionnée à la vérité consubstantielle au langage, mieux : d'identification singulière au destin du verbe humain. De cette vocation, je cherche la fin aux deux sens du mot : fin qui en est évidemment l'essence. » Pierre Emmanuel

     En savoir plus sur le site de l’éditeur, ici…

 


12 janvier 2019

     Le P. Xavier Tilliette, s. j., qui écrivit plusieurs critiques des œuvres de Pierre Emmanuel, en particulier dans la revue Études, est décédé récemment. Le P. Jean-François Thomas, s. j., lui consacre un article sur le site aleteia.org dans lequel il note :
     « Ce n’est pas un hasard si, parmi les rares livres qui garnissaient encore sa chambre de vieillard diminué, figurait l’ouvrage de Pierre Emmanuel, Babel, où le poète rédige une Hymne de la condition humaine comprenant ces vers :
     Ce Dieu dont vous vouliez provoquer le hasard
     Est un cancer dont le hasard est la pâture
     Votre besoin de lui est sa seule nature
     Et c’est à vous ronger qu’il exerce son art. »

     On peut lire l’article ici.


15 novembre 2018

     France Bleu consacre une émission de deux minutes à la Maison de la Poésie, occasion d’entendre le nom de Pierre Emmanuel. Voici ce qu’on peut lire sur son site :

     « Cette Maison de la Poésie, de la ville de Paris, à la fois un lieu de création, de diffusion et de rencontres, a été créée en 1983, initialement consacrée à la poésie contemporaine. Elle est installée dans le Théâtre Molière, dans le 3e arrondissement donc. Elle a été créée par Jacques Chirac sur une idée de l’éditeur et poète Pierre Seghers et de Pierre Emmanuel. En fait, avant 1995, ils se réunissaient sur la terrasse du Forum des Halles. »

     On peut l’écouter ici.


À Bosdarros (près de Gan)

     M. Daniel Trallero envoie ces deux photos d’une stèle datant de 1989, érigée à Bosdarros (à 3 km de Gan) dans un parterre devant l’église St Orens, juste derrière le Monument aux Morts, sur laquelle est gravée un vers de Pierre Emmanuel : « vous ne pouvez empêcher l’arbre d’être libre ».

 

 

     La phrase inscrite est tirée de « Hymne à la Liberté, d’abord paru dans la Suisse contemporaine, 1e année, n° 6, juin 1941, p. 379-381 et repris dans Jour de colère (Œuvres poétiques complètes, t. I, L’Âge d’Homme, 2001, p. 177).
     En voici la strophe complète :

          Au calme de ton firmament intérieur
          Tout répond, des arbres immobiles en prière
          aux maisons contemplantes et aux monts.
          Cet air natal de l’oraison n’est que Chant nu
          paysage inépuisable et pacifiant de l’âme
          accord de l’arbre au rythme clair des horizons
          et merveilleuse humidité de la vision.
          Tendu dans la présence orante je suis libre
          et me tiens droit drapé dans le limon des morts,
          aimé de dieu. L’oblation de mes mains noires
          c’est le monde par moi vivant et libre encor
          ce monde que dieu m’a donné pour que j’y vive
          ce monde sans figure et sans voix dont je suis
          le visage et le chant futurs car je suis libre
          et rien ne brise mon regard transfigurant.
          Vous ne pouvez emprisonner la vision
          vous ne pouvez empêcher l’arbre d’être libre :
          la face de vos victimes l’avez-vous vue
          dans la gloire tragique et crue de la souffrance
          comme un stigmate ineffaçable au cœur de dieu ?