Les nouveautés sur le site
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• Cela s'est passé un... Semaine du 15 au 22 mars (ci-dessous).
• L'extrait du mois :
- « Delacroix », Jacob, Seuil, 1970, p. 136 ; Œuvres complètes, vol. II, L’Âge d’Homme, 2003, p. 82.
- « La haine, cette ivresse », France catholique, n° 1941, 24 février 1984, repris dans Le risque d'être, Parole et Silence, « Factuel », 2006, p. 189.
• « The power of the poet », The Atlantic, n° 187, janvier 1951, p. 74-77.
• 28 novembre 2019 : décès de M. François Livi, exécuteur testamentaire du poète et président du Centre de recherche. Cf. colonne de droite (Centre de recherche).
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Mme Catherine Emmanuel Carlier, présidente de l'Association des Amis de Pierre Emmanuel, lui rend ici hommage.Chers Amis,
La nouvelle de la mort de François Livi nous a tous bouleversés, il est parti trop vite, trop tôt.
Au fil du temps nous avions appris à le connaître. Nous aimions son humour, la qualité de son écoute, son humilité, sa bienveillance.
Parfois, il se plaisait à nous raconter sa première rencontre avec Pierre Emmanuel, en 1966 rue de Varenne, alors qu’il était un tout jeune étudiant et comment très vite ils se lièrent d’une profonde amitié. Une amitié qui ne s’est jamais démentie.
François Livi exécuteur testamentaire de Pierre Emmanuel fut le président du Centre de recherche, crée en 1986. Il a beaucoup œuvré, avec tous les membres du Centre, à la connaissance et à la mémoire du poète et nous lui en sommes très reconnaissants.
Comme il va nous manquer lui qui nous a tant donné et tant appris !
Catherine Emmanuel Carlier
Présidente de l’Association des amis de Pierre Emmanuel
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• Des nouvelles dans "On en parle...", colonne de droite: livres, émissions et articles nouveaux sur Pierre Emmanuel
• IMPORTANT : Les photos, textes et autres documents de ce site ne sont pas libres de droit, ceux de Facebook ou des affiches non plus.
• Rappel : les liens sont visibles lorsqu'on passe sur le texte.
Le mot de l'Association
Depuis sa création, en 1985, l'Association s'est attachée à servir la mémoire de Pierre Emmanuel et à faire connaître son œuvre en apportant son soutien à des publications, rencontres, expositions, émissions radiophoniques et à différents hommages en France comme à l'étranger.
La création d'un site Pierre Emmanuel s'est imposée comme une évidence et une priorité. Un nouvel outil pour retracer l'itinéraire de l'écrivain, du poète et de l'homme d'action engagé dans son siècle en faisant découvrir ses multiples visages : l'homme de culture, son action auprès des médias, mais aussi l'homme de foi, l'homme courageux, le résistant, le défenseur des droits de l'homme.
C'est un travail énorme qui fut engagé, un travail exigeant et rigoureux mené par Anne Simonnet (*) aidée dans ses recherches par des témoins de la vie de Pierre Emmanuel, par le Centre de recherche et par la famille du poète. Une approche aussi complète a nécessité des années de consultation dans les archives de la BNF, de l'Imec, l'Ina, et d'autres fonds. Des manuscrits, des photographies, des lettres et des documents souvent inédits, prêtés par des amis, des proches ou d'anciens collaborateurs de Pierre Emmanuel ont considérablement enrichi le site.
Pierre Emmanuel visionnaire, initiateur et créateur de la Vidéothèque (Forum des Images), confiant dans les nouvelles technologies, aurait certainement apprécié l'instrument de connaissance, de dialogue et d'échange que constitue un tel site.
Proposer un site clair, lisible, complet et accessible à tous, telle fut notre démarche pour que Pierre Emmanuel reste vivant dans les mémoires.
Catherine Carlier, Présidente de l'Association
(*) Anne Simonnet est professeur de Lettres classiques, Docteur ès Lettres, auteur de l'ouvrage Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint et d'une thèse : Le Christ de Pierre Emmanuel. L'élaboration d’un mythe personnel.
Cela s'est passé un... (La micro-information du jour)
15 mars
15 mars 1942
Achevé d’imprimer de Le Poëte et son Christ de Pierre Emmanuel, La Baconnière, coll. « Les Cahiers du Rhône », Neuchâtel. À la fin une postface d’Albert Béguin : « Présentation de Pierre Emmanuel ». « Pierre Emmanuel, qui a tout juste vingt-cinq ans, a déjà publié des parties considérables d’une œuvre en cours, dont lui-même sans doute pressent, plutôt qu’il ne le sait, où elle le mènera. Les Élégies, parues à Bruxelles et dont l’achevé d’imprimer porte la date-vigile du 7 mai 1940 ; le Tombeau d’Orphée, “fragment” splendide édité par Pierre Seghers en mai 1941 ; le Poète et son Christ, écrit dès 1938 et que nous sommes fiers d’imprimer aujourd’hui ; les Cantos et Combats avec tes défenseurs, qui vont paraître : tout cela constitue un ensemble où l’on voit déjà se dessiner distinctement le visage émouvant d’un homme en marche, l’itinéraire d’une quête spirituelle, un drame intense et encore très éloigné de son dénouement. »
16 mars
16 mars 1965
« Les images de Dieu », conférence prononcée au Centre des intellectuels catholiques 1964 (10-16 mars), transcrite dans Dieu aujourd’hui, DDB, coll. « Recherches et débats », 1965, p. 207-220 [dans le texte dactylographié (archives de l’IMEC) le titre en est : « Mysterium tremendum et fascinans »] et reprise dans Le monde est intérieur, « L’aspiration à voir », p. 252-270. « Je suis convié, comme poète, à réfléchir sur la façon dont l’art peut représenter – mais déjà ces mots m’arrêtent : représenter Dieu, le sacré. Art religieux, art sacré : ce sont là des formules ambivalentes, où tantôt le nom, tantôt l’épithète, se trouvent réciproquement subordonnés. Cette ambivalence ne fait que refléter celle du mot image dans l’expression : image de Dieu. Une image de Dieu, qu’est-ce là pour nous ?
Tant que je n’aurai pas répondu à cette question, les termes d’art religieux, d’art sacré, me seront doublement suspects, comme esprit religieux et comme artiste. Je connais trop le conflit en moi de l’esthétique et du religieux pour les unir en un malentendu synthétique. »
17 mars
17 mars 1973
« Les frontières de l’interdit », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro littéraire, n° 1400, p. 15, 16. « À de rares exceptions près, ce n’est donc pas le réalisme qui fait la force de l’érotisme noir. C’est son intention blasphématoire, la tentative violemment symbolique ébauchée par l’esprit de s’arracher à lui-même, à son propre dégoût. Je puis comprendre la tension de telles œuvres, leur frénésie lucide, leur volontarisme violateur de la psyché. Enfreindre tout interdit, même dans le seul imaginaire, peut conduire à la folie, et ces livres sont démentiels avec rigueur. Ils approchent d’un point extrême de l’être, du lieu de non-retour. D’où leur fin, généralement catastrophique. Le lien qu’ils révèlent entre l’esprit et le sexe, entre le sexe, le sang, l’ordure, la mort, l’équivoque relation qu’ils soulignent entre victime et bourreau, tout cela est odieux à notre confort intellectuel. Mais cela est de l’énigme de l’homme, que notre temps redécouvre dans le chaos de l’histoire et le désordre des mœurs. Plus on en est conscient, mieux on défend la face humaine contre les simplismes réducteurs autrement redoutables que la complexité de l’instinct. »
18 mars
18 mars 1983
« Penser ensemble, vœu pieux ou nécessité ? » (6 mars 1983), France catholique, n° 1892. « La conviction […] que notre pensée politique peut être un modèle et un phare aux yeux des peuples luttant pour leur liberté, est à la fois, depuis la Révolution française, l’une de nos certitudes essentielles et de nos illusions invétérées. […] C’est ainsi, depuis deux cents ans, que l’histoire est devenue l’espace où se déploient les idéologies en marche, et qu’elle a donc ajouté à sa férocité naturelle l’absolutisme des idées. Décrasser les événements de leur verbiage idéologique est une entreprise presque impossible, même lorsqu’il s’agit d’une opération politique aussi intégrée à nos mœurs que l’élection municipale de ce jour. Les chercheurs s’intéressant à la terminologie électorale peuvent constater à quel point elle vieillit peu, si les idées qu’elle exprime vieillissent. Notre politique n’a certes pas le langage de la modernité : l’éternelle jeunesse de ses slogans est la meilleure preuve de sa sénescence. “Droite” et “gauche”, pour correspondre quelque peu à la réalité du monde, devraient bien faire un rude effort d’observation et d’imagination. »
19 mars
19 mars 1970
Pierre de Boisdeffre, « Pierre Emmanuel, Orphée tragique », Les Nouvelles littéraires, p. 1, 7. « La poésie de Pierre Emmanuel part d’un constat tragique : à la source de son expérience, il y a cette “fracture” de l’être, cette rupture de l’homme avec Dieu qui fait de toute vie humaine une aventure, une expérience qui ne peut aboutir, un combat dans la nuit, une lutte de l’Esprit avec tout ce qui prétend l’incarner. Le poète, depuis trente ans, n’a pas cessé d’être écartelé entre les deux “postulations simultanées” dont parlait Baudelaire. D’où les deux prénoms antithétiques que ce paysan béarnais s’est donnés pour nom : Pierre met Emmanuel au défi, la pesanteur et la grâce se disputent l’âme du poète, l’une entraînant Orphée, l’autre le tirant du gouffre. En ce sens, le poète n’a jamais cessé d’écrire le même livre, d’essayer de connaître le “nom scellé” de Dieu. »
20 mars
20 mars 1956
Enregistrement radiophonique de trois émissions pour la collection « Des idées et des hommes » : « Entretiens avec Pierre Emmanuel », 2e série – « Examen de conscience d’un poète ». « [L]orsque je me retourne vers ces années extrêmement riches, extrêmement enthousiasmantes de la guerre, entre 1940 et 1945, je sens que tout était simple pour moi. C’était simple parce que… J’étais jeune, je croyais de manière absolue en un certain nombre de vérités qui sont dans l’homme. Et que l’homme ne peut jamais oublier, même si son histoire les contredit. Je croyais aussi, que nous étions là, à ce moment de l’histoire, pour souffrir la Passion de ces vérités. C’est-à-dire que tout ce qui nous arrivait nous montrait à la fois jusqu’où les hommes peuvent atteindre dans leur cruauté envers eux-mêmes, et la lumière dont ils ont besoin, la lumière vers laquelle ils tendent. (…) J’essayais de me situer, non pas seulement à un moment déterminé d’une histoire immédiate, mais vraiment, dans le cours de l’histoire des hommes, et aussi de faire corps avec l’espérance des hommes les plus simples : cette espérance qui au fond se traduit par des choses très communes : le besoin de la liberté, le sentiment de la justice, qu’il faut dominer, et la vision d’une sorte de réconciliation de l’homme avec lui-même. »
21 mars
21 mars 1970
Anonyme, « Jacob et Autobiographies par Pierre Emmanuel », La Voix du Nord, 21 mars 1970, p. 14. « En nous donnant le recueil de poème Jacob en même temps que la réédition (sous le nom global d’Autobiographies) de Qui est cet homme, et de L’ouvrier de la onzième heure, Pierre Emmanuel ramasse, en une prestigieuse quintessence, ce qui fit le sens de sa vie et de son œuvre maîtresse, et la démarche de sa quête fiévreuse à travers le monde des idées.
À l’instar du chef-d’œuvre de Delacroix, illuminant une chapelle de l’église Saint-Sulpice, à Paris, Jacob, “un des moments de l’esprit humain luttant contre ce qui l’enclôt”, c’est la lutte de Pierre Emmanuel avec l’Ange de ses désirs, de sa passion de vérité à travers les vérités. Que nous plongions, avec Jacob, dans la permanence et la plénitude acceptée, avec Qui est cet homme, et L’ouvrier de la onzième heure, dans le tourment de la recherche, c’est toujours à Pierre Emmanuel que nous aboutissons, à son lyrisme, à son éternelle question que rien ne résoudra, dont la solution résidera toujours au sein de la soif de Dieu, dans la prière qui s’élève du font des entrailles de l’homme, au-delà du désespoir. »
22 mars
22 mars 1964
Joseph Bertrand, « Pierre Emmanuel et le goût de l’Un », Le Phare, 22 mars 1964, p. 5. « Henri Brémond rapprochait la poésie de la prière. On sait cependant avec Jacques et Raïssa Maritain que la poésie n’est pas la prière et Pierre Emmanuel en apporte une preuve indirecte. Mais est-il possible de lire ce texte sans mesurer jusqu’où la purification exercée par la gestation du verbe poétique peut conduire celui qui le profère ? Peu d’aveux de poètes m’ont bouleversé autant que celui-là. À la fois par sa vive lucidité et par le déchirant conflit qu’il résume. Parti d’une mythologie chrétienne plutôt que des valeurs doctrinales de la foi, d’une symbolique d’inspiration chrétienne, considérée comme une victoire sur le temps et la dispersion de l’être, plus que d’une religion qui soit la voie d’une rédemption surnaturelle, Pierre Emmanuel aboutit à ce point d’une ascèse poétique qui est l’amorce d’un engagement spirituel plus radical, mais où le discours poétique, parvenu à son terme opératoire, ne peut encore se résigner à se renoncer pour s’en remettre, muet, à une autre Parole, prononcée seulement dans l’absolu silence de l’abandon. »
