PIERRE EMMANUEL

Les nouveautés sur le site

Août 2019


   La frise du centenaire en 3D : activités et articles à voir ici
~ janvier 2016-avril 2017 ~

 

• Cela s'est passé un... Semaine du 11 au 18 août (ci-dessous).

L'extrait du mois :
     - « Rébecca », Jacob, Seuil, 1970, in Œuvres poétiques complètes, vol. II, L’Âge d’Homme, 2003, p. 35.

     - « Définir l’homme une question planétaire », France Catholique, n° 1752, écrit le 11 juil. 1980, in L'Arbre et le vent, Seuil, 1981, p.71.

Regard sur... Walt Whitman.



Des nouvelles dans "On en parle...", colonne de droite: livres, émissions et articles nouveaux sur Pierre Emmanuel.


 La lettre de l'Association des Amis de Pierre Emmanuel et le bulletin d'adhésion 2019. Merci aux généreux donateurs !



IMPORTANT : Les photos, textes et autres documents de ce site ne sont pas libres de droit, ceux de Facebook ou des affiches non plus.


• Rappel : les liens sont visibles lorsqu'on passe sur le texte.
               Pierre Emmanuel a sa page facebook (ici).

 
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Le mot de l'Association

     Depuis sa création, en 1985, l'Association s'est attachée à servir la mémoire de Pierre Emmanuel et à faire connaître son œuvre en apportant son soutien à des publications, rencontres, expositions, émissions radiophoniques et à différents hommages en France comme à l'étranger.
     La création d'un site Pierre Emmanuel s'est imposée comme une évidence et une priorité. Un nouvel outil pour retracer l'itinéraire de l'écrivain, du poète et de l'homme d'action engagé dans son siècle en faisant découvrir ses multiples visages : l'homme de culture, son action auprès des médias, mais aussi l'homme de foi, l'homme courageux, le résistant, le défenseur des droits de l'homme.
     C'est un travail énorme qui fut engagé, un travail exigeant et rigoureux mené par Anne Simonnet (*) aidée dans ses recherches par des témoins de la vie de Pierre Emmanuel, par le Centre de recherche et par la famille du poète. Une approche aussi complète a nécessité des années de consultation dans les archives de la BNF, de l'Imec, l'Ina, et d'autres fonds. Des manuscrits, des photographies, des lettres et des documents souvent inédits, prêtés par des amis, des proches ou d'anciens collaborateurs de Pierre Emmanuel ont considérablement enrichi le site.
     Pierre Emmanuel visionnaire, initiateur et créateur de la Vidéothèque (Forum des Images), confiant dans les nouvelles technologies, aurait certainement apprécié l'instrument de connaissance, de dialogue et d'échange que constitue un tel site.
     Proposer un site clair, lisible, complet et accessible à tous, telle fut notre démarche pour que Pierre Emmanuel reste vivant dans les mémoires.

Catherine Carlier, Présidente de l'Association

 

 (*) Anne Simonnet est professeur de Lettres classiques, Docteur ès Lettres, auteur de l'ouvrage Pierre Emmanuel, poète du Samedi saint et d'une thèse : Le Christ de Pierre Emmanuel. L'élaboration d’un mythe personnel.

La lettre de l'Association 2019Bulletin d'adhésion 2019

Cela s'est passé un... (La micro-information du jour)

11 août

11 août 1958

     Marcel Lobet, « Les revues étrangères – Terreur, ennui et liberté », Le Soir, 11 août 1958, p. 2. « À l’esprit totalitaire qui travaille l’Europe, Pierre Emmanuel oppose la tolérance américaine : "cette gymnastique d’assouplissement des relations humaines". Si le monde tend à s’uniformiser, c’est sur le plan de la technique. L’Europe s’américanise dans la mesure où elle adopte "certaines formes de vie qui vont de pair avec l’évolution de la technique et la prospérité qu’elle entraîne". Le bonheur est égalitaire : il naîtra d’une simplification du travail, de l’accroissement du loisir.
     Pierre Emmanuel note que le goût du confort est un fait nouveau en France, où les consommateurs en sont encore au stade du désir, loin de la saturation qui prévaut en Amérique. Le danger, c’est la naissance d’un homme-chose, l’inadéquation des hommes à leurs propres instruments. »

 

12 août

12 août 1965

     Lettre à Paul Flamand. « Je viens de recevoir La face humaine. J’en suis content, et je t’en remercie. Mais, hélas ! la 4e page de couverture. J’avais prié, il y a 2 ans, qu’on détruisît cette photo. J’ai prié deux fois, cette année, qu’on ne mît pas de photo sur la couverture. Bon… C’est fait, pour mes péchés et en contre-propagande de ce que je dis dans le livre. »

 

13 août

13 août 1971

     « Penser l’école de demain », article de Pierre Emmanuel dans Le Figaro, p. 1, 4. « Une énorme instabilité grandit dans la planète entière : son métabolisme, celui de notre espèce, est perturbé. Nous n’avons pas encore mesuré, ni a fortiori contrôlé, les gigantesques pouvoirs qu’en un demi-siècle l’humanité a greffés directement en elle, puissances-vampires, puissances-cancers. Nos sociétés sont ridiculement mal équipées, nos intellects trop étroitement déterminés, pour entrevoir seulement ce contrôle. Ils ne peuvent penser le paradoxe de notre univers technologique : que l’accélération irréversible du progrès donne lieu à des phénomènes prévisibles, certains visibles déjà, de dégénérescence et de régression.
     Ce que nous ne sentons pas dans les entrailles de l’âme, parce que nous nous référons encore au passé, un instinct nouveau, revêtant des formes qui nous désorientent ou nous répugnent, en avertit nos enfants. »

 

14 août

14 août 1981

     « Le mal en fait divers », France catholique, n° 1809. « Shakespeare, Dostoïevski, Rimbaud, Strindberg, Bernanos, Soljenitsyne : quelques noms en vrac parmi tant d’autres qui viennent à l’esprit de qui cherche une représentation irrécusable, définitive, de la force maligne dans l’homme, sous tous ses aspects conscients et inconscients. Que font ces artistes ? Ils vont jusqu’au bout de leur complexité propre, qu’ils explorent avec une volonté acharnée ou une compulsion inflexible, en personnifiant les puissances qui les possèdent ou dont ils s’efforcent de se libérer : puissances individuelles, mais aussi collectives, car tout grand artiste est un catalyseur des énergies de son temps. »

 

15 août

15 août 1954

     Diffusion radiophonique de David-Roi, composé par Darius Millau à la demande de l’État d’Israël pour le 3e millénaire du roi David. Pierre Emmanuel présente le roi David après qu’on a interviewé le compositeur. « Dès que Samuel a fait de lui l’oint du Seigneur, l’Esprit de l’Éternel, nous dit la Bible, ne cessa d’animer David. Saül l’appela auprès de lui. Non seulement parce qu’il est vaillant, mais parce qu’il chante. Qu’il s’adresse à Goliath, à Saül ou à Dieu, sa parole est soulevée par une rhétorique profonde. À peine Saül est-il mort et David roi reconnu, l’âme du nouveau roi s’exprime devant les siens par le poème. C’est le chant de l’arc, cette complainte sur Saül et Jonathan citée au début du second livre de Samuel. Désormais le dialogue entre David et Dieu se formule en poésie, comme si ce langage était le langage sacré par excellence. […] Nous nous croyons aujourd’hui bien loin d’une telle conception de la poésie. Pourtant les psaumes demeurent l’un des sommets de la poésie universelle, et quiconque les lit du fond du cœur doit bien constater qu’ils ne le sont qu’en vertu du souffle qui les jette vers l’absolu. C’est dans la situation de l’homme en regard de la transcendance divine, dans la tension sans cesse affirmée entre l’homme et son Dieu que réside leur inspiration unique. Il n’est pas possible de les dissocier esthétiquement de l’évidence qu’ils profèrent. Qui n’accepte pas ce rapport essentiel entre la créature et son créateur ne pénètre pas la vraie beauté des psaumes. »

 

16 août

16 août 1982

     Écriture de « Partant de rien… », article à paraître dans France catholique, n° 1863 du 27 août. « "Nous n’avons pas ici de cité qui demeure, mais nous cherchons celle qui va venir", écrit Pierre Jean Jouve paraphrasant saint Bernard. Il n’empêche que saint Bernard fut l’un des hommes les plus présents de son siècle, présent ici, mais un ici dans la perspective de ce qui allait venir. En vérité, ce n’est pas nous qu’on chasse d’ici, ce sont plutôt les gens qui se croient d’ici qui craignent d’être mis en perspective, pour la même raison qu’ils pique-niquent au bord des routes de peur de se perdre dans l’épaisseur feuillue, ou qu’ils laissent leur âme en friche de peur de s’aventurer à la merci de leurs instincts, que la publicité, heureusement, et la permissivité réduisent à peu de chose. Comme nous, ces gens appartiennent à la Grande Église Occidentale du Bonheur, de la Bienveillance et du Progrès, dont nous sommes les mécréants, eux les fidèles. Comme nous, chaque jour, à 20 heures, ils en suivent l’office du soir. »

 

17 août

17 août 1975

     D., N., « La révolution parallèle », L’homme nouveau, 17 août 1975, p. 11. « En quatre parties : éducation, imagination, culture, communauté, l’auteur développe ses idées sur la crise actuelle de la société. Son analyse retiendra l’attention car Pierre Emmanuel dénonce les principales causes de cette crise : l’administration envahissante, la centralisation, le mythe de la laïcité, l’absence de vie intérieure.
     Malheureusement les suggestions de l’auteur pour restaurer un ordre dans l’homme et dans la société semblent souvent utopiques. Son expérience décevante d’une commission de réforme l’a persuadé de l’insuffisance des réformes de structures ; mais peut-on attendre du développement de la liberté créatrice le retour à la convivialité et à une communauté harmonieuse ? C’est en poète confiant dans une certaine bonté naturelle de l’homme que Pierre Emmanuel répond ici et on peut ne pas partager son optimisme. »

 

18 août

18 août 1946

     Mort d’Émile Mathieu, père de Pierre Emmanuel, à Gan. « Ce dont j’ai été le spectateur bouleversé, c’est de la folle douleur de ma mère à la mort de mon père, qui avait passé dans son sommeil et qu’elle trouva sans vie au matin. Toute la passion, tout l’épouvantable échec d’une vie étaient dans ces cris et ces sanglots de désespérance. Dieu me pardonne, mais j’ai commencé à aimer ma mère ce jour-là.
     Mon père est entré dans l’inconnaissable sans que j’aie eu de véritable occasion ni même le désir de faire sa connaissance. Je garde pourtant vivement en mémoire ses traits sur son lit de mort. Il avait un visage maigre, racé, un air de jeunesse légèrement ironique, et s’était défait de l’humilité un peu fuyante que je détestais quand je la surprenais. » (Il est grand temps, Autobiographies, L’Âge d’Homme, 2014, p. 455)




 
 

À écouter...

Un extrait de Babel lu par Pierre Emmanuel en 1983

 

L'extrait du mois

Poésie

     Rébecca

          Voici que je me tiens à la source
          Où les femmes descendent puiser l’eau.
          Le soir est grave : c’est le sourire du Père
          Quand il bénit le pain.
          Noblement les chameaux reposent,
          La tête vers le vent du désert.
          Moi aussi j’y baigne ma face
          Je suis le creux du souffle. J’ai soif
          De l’interrogation glacée torride
          Pleine de signes qui me sondent.
          La Face de l’Éternel est sur mes traits.
          Il me parle bouche à bouche
          Il forme en moi son énigme et y répond.
          Ma ferveur lui demande un signe
          Que sa faveur m’a déjà insufflé.

« Rébecca », Jacob, Seuil, 1970

 

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Prose

     « Voilà cinquante ans que je vis l’histoire présente, les yeux ouverts et même écarquillés. J’en viens à penser que l’histoire finie touche à son terme et que nous entrons dans l’ère d’une démesure planétaire où, du fait de la démographie galopante comme de l’accélération du développement technologique mondial, temps et civilisations, brutalement, se télescopent. Une lutte gigantesque s’annonce par un pouvoir sans raison où aucune idée traditionnelle de l’homme ne comptera plus, où toutes seront broyées sans être remplacées par rien. Quant aux pouvoirs qui s’affrontent déjà, n’ayant plus d’idée de l’homme qui les définisse et les légitime, ils ne seront bientôt plus capables de contenir leur propre démesure. Comme ils auront affaire à des masses humaines de moins en moins différenciées, toutes méthodes de coercition, du conditionnement psychologique à la torture, leur seront bonnes pour les endiguer. La destruction nucléaire elle-même ne doit pas être exclue de ces moyens. Mais il faut croire, il faut croire jusqu’à la Résurrection, que les pires épreuves que l’homme s’impose à lui-même par la puissance ténébreuse qui est en lui, sont autant d’ordalies, de défis nécessaires pour qu’il atteigne à de plus hauts degrés d’humanité. Toute la question est de savoir combien d’êtres humains […] accepteront, le cas échéant, le risque d’être des témoins de l’homme. Personne n’est sûr d’avance de l’assumer. »

« Définir l’homme une question planétaire », France Catholique, n° 1752, écrit le 11 juil. 1980.

Le centre de recherche

Le mot du Président

     Le Centre de Recherche Pierre Emmanuel attache la plus grande importance au site Pierre Emmanuel. Récemment créé, grâce à l’Association des Amis de Pierre Emmanuel, à la générosité de la famille du poète, aux compétences et à l’inlassable activité d’Anne Simonnet, ce site fédère les efforts de tous ceux qui sont attachés à l’œuvre de Pierre Emmanuel et ont pris à tâche de la faire mieux connaître. Très riche et fort bien présenté, ce site est un excellent instrument de dialogue entre les spécialistes de Pierre Emmanuel et ceux qui, venant des horizons les plus variés, découvrent son œuvre littéraire, son action culturelle, son engagement dans la vie de la cité.
     Depuis sa fondation, en novembre 1986, le Centre de Recherche Pierre Emmanuel s’efforce de promouvoir et de développer la recherche sur l’œuvre, les activités et la pensée de Pierre Emmanuel. Du premier classement des manuscrits et des inédits du poète à l’organisation de colloques universitaires, de la publication des œuvres poétiques complètes à la publication d’inédits, ses réalisations se sont toujours inspirées de ces principes. La vitalité du site est une aide très efficace à la réussite des actions envisagées pour 2014, trentième anniversaire de la mort de Pierre Emmanuel, et 2016, centième anniversaire de sa naissance.

François Livi, Président


Souvenir et hommage des exécuteurs testamentaires

     Ginette Adamson, Anne-Sophie Constant et François Livi.
     
Chacun d'eux a bien voulu répondre à trois questions :
     - Comment avez-vous connu Pierre Emmanuel ?
     - Quel livre du poète préférez-vous ?
     - Pourquoi vous semble-t-il important que son oeuvre soit connue ?
 

Éditions, rééditions…

On en parle...

3 juillet 2019

     L’Express reprend un article de 1981 : « Poésie contemporaine : Orphée pas mort ! » de Claude Michel Cluny. On y lit le nom de Pierre Emmanuel.

     À lire ici.


26 avril – 16 juin

     L’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) propose, du 26 avril au 16 juin 2019, une grande exposition intitulée Liberté, j’écris ton nom présentant des archives de la vie littéraire sous l’Occupation. Celles de Pierre Emmanuel sont naturellement présentes à plusieurs endroits, en particulier dans la vitrine des revues poétiques.
     François Bordes, délégué à la recherche à l’IMEC, a évoqué Pierre Emmanuel lors de la rencontre qu’il a animée sur la « bibliothèque de l’ombre 1935-1945 », en ouverture de l’exposition.
     Albert Dichy, directeur littéraire de l’IMEC le mentionne également à plusieurs reprises dans l’article de Télérama du 29 avril dernier : « L’archive peut toucher du doigt l’histoire dans ce qu’elle de plus intime, merveilleux, terrible ».


5 mars 2019

     M. Jean Mathieu, ancien élève de l’École centrale de Lyon, fondateur et directeur du Laboratoire de mécanique des fluides et d’acoustique de 1959 à 1985, est décédé ce 5 mars 2019. Cousin germain de Pierre Emmanuel, il était l’un de ceux qui l’avaient le plus connu durant son adolescence. C’est en effet à ses parents que le jeune Noël avait été confié à sa rentrée au collège des Lazaristes de Lyon, en 1926. Exactement du même âge que Roger, Jean a toujours considéré Noël comme son grand frère.
     C’est à lui que nous devons nombre de détails sur cette époque et de photos de famille.


Jean Mathieu, sa mère et Noël (Pierre Emmanuel)


La photo est prise par Noël grâce à l'appareil de photo que lui avait offert son père.

 
Jean et Yvette Mathieu (juillet 2013)


4 mars 2019

     Jean Starobinski, critique littéraire et grand ami de Pierre Emmanuel durant la guerre, est mort ce lundi 4 mars 2019.
    Pierre Emmanuel l’avait rencontré à l’automne 1942 lors de son premier voyage en Suisse.

 

     En décembre 1944 Jean Starobinski écrivait :
     « Ce qui surprend au premier contact, pour qui aborde la poésie de Pierre Emmanuel, c’est la voix. Ouvrir un de ses livres, c’est s’exposer à être atteint et pénétré par une voix. Et il faut ajouter aussitôt : une voix pleinement matérielle, une réalité vocale concrète, - presque instrumentale. Une voix dont le pouvoir n’est peut-être pas tant de toucher que de traverser, et de traverser avec violence : elle possède à la fois la plasticité sonore et le pouvoir de dépassement. Elle donne à son retentissement la valeur d’une conquête sur l’espace : elle progresse et s’élargit jusqu’à l’extrême limite du regard, dans un souffle à la fois humain et inhumain. Humain, certes, car les mots qui résonnent ici n’ont pas perdu cette chaleur vivante, cette intimité du corps vivant où ils étaient d’abord confondus avant de devenir chose écrite et sonore. Dans le souffle qui les transporte, ces mots ne demeurent point comme des signes incorruptibles ; ce sont des substances malléables et altérables : sous le chiffre typographique, le poème est un vaste organisme respirant, un vocable complexe qui perpétue un grand acte respiratoire. »