PIERRE EMMANUEL

Le témoignage de Rachel Bespaloffphilosophe juive contrainte de fuir la France durant la guerre





     « Je me souviens qu’en France, en 1941 ou 1942, j’avais découvert dans une revue un poème de M. Pierre Emmanuel. Je ne le connaissais même pas de nom à ce moment-là. Mais je n‘oublierai pas le saisissement que m’a causé ce poème. L’auteur y évoquait avec une singulière puissance l’image du Tyran, ou plutôt la Vie et les mains du Tyran – "mains de refus et de haine", dressées entre l’homme et le monde… Et voici que ce Tyran, ce Mal incarné, le poète avouait qu’il n’était rien de plus et rien d’autre que nous-mêmes. Le poème se terminait par quatre très beaux vers qui opposaient aux mains du Tyran les mains faibles de la liberté redressant avec effort "la hampe du grand ciel futur". J’avais reconnu dans ces pages le courant prophétique qui traverse certains poèmes de Hugo et de Péguy. Rien à cette époque ne me paraissait plus actuel, plus naturel que cette inspiration prophétique. La poésie, en France, a été la première forme de la résistance, et non la moins efficace. Il ne faut donc pas s’étonner que M. Pierre Emmanuel ait commencé la résistance dans l’ordre de la poésie pour organiser ensuite la résistance politique où il a été très actif... »
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Une présentation de Rachel Bespaloff et une analyse de ce texte paraîtront dans le n° 4 de la revue Peut-être en 2013.