PIERRE EMMANUEL

Entretiens accordés par Pierre Emmanuel





« En parlant poésie avec Pierre Emmanuel »

François-Jean Armorin, « En parlant poésie avec Pierre Emmanuel », Le Journal, 29 octobre 1942, p. 4 (/4).

     « Il passe un vent de toute beauté sur l’enfer, ce vers est de Patrice de La Tour du Pin, prisonnier de guerre… Un des premiers, Pierre Emmanuel a fait entendre sa voix pour mêler à  ce concert puissant qui souffle sur la France dévastée ; en effet, sa première œuvre, Élégies, fut éditée à Bruxelles le 9 mai 1940.
     Pierre Emmanuel est Béarnais, il a vingt-cinq ans, et ce n’est pas sans arrière-pensée qu’il a trouvé ce pseudonyme tiré des deux Testaments… Il habite Dieulefit, petit village de la Drôme, au ciel si lumineux en ce mois de novembre, et c’est dans une pièce merveilleusement claire qu’il s’apprête à « subir la question », comme il dit, d’un air résigné. Accrochés au mur, le masque émacié de Pascal aux méplats saillants, servant de tremplin à la méditation du poète ; plus loin, le portrait de Pierre-Jean Jouve à qui Emmanuel a dédié Le poète et son Christ en ces termes : « Au pur poète de l’univers intérieur, au Maître qui m’en ouvrit les chemins » ; enfin, un grand tableau de Salvado, plusieurs aquarelles de Sima et un admirable lavis de Léon Zack représentant une Sainte Face… Sur la table du poète, quelques livres : Pétrone, Les liaisons dangereuses, de Laclos, et quelques œuvres du romancier américain Faulkner… C’est tout.
     – Je rentre d’une tournée de conférences en Suisse romande, fatigante mais combien réconfortante, personne ne dira assez quel intérêt prennent les Suisses aux choses de la France et en particulier au mouvement poétique actuel... »


« Pierre Emmanuel poète des mythes »

     « Pierre Emmanuel poète des mythes », Entretien avec Claudine Chonez, Une Semaine dans le monde, 3 juillet 1948, p. 9.

     « Ce Béarnais "aux infiltrations mauresques" a l’air d’un Espagnol : long visage osseux, long nez, yeux sombres et chauds ; de l’hidalgo il a même adopté la « patte » de cheveux devant l’oreille. Poète, et poète mystique, il a bien aussi quelque chose d’un don Quichotte pourfendant à coups d’immenses strophes ce qui menace une conception généreuse de l’homme et de sa haute destinée. Pour les amateurs de caractériologie j’ajouterai qu’il est sûrement cyclothymique et, tout comme le chevalier de la Manche, sujet à ces alternances d’enthousiasme et de désespoir que ne nous cache point son essai autobiographique : Qui est cet homme ?. Je me hâte d’ajouter qu’il semble, lui, terriblement lucide, et même dangereusement dévoré par l’esprit de connaissance. (On n’a pas pour rien été nourri au sein des mathématiques pendant toute son adolescence). Pour conclure : un saturnien, mais pas du tout du type taciturne. Chez lui l’inquiétude essentielle se traduit par le besoin de l’exprimer sans cesse en vers et en prose, oralement et par écrit ; d’être en même temps que vivant et pensant le spectateur et le récitant de sa vie et de sa pensée… »


« Le poète est celui qui se surmonte pour agir et créer »

     « Chemins de la poésie, Enquête de Dominique Arban : « Le poète est celui qui se surmonte pour agir et créer », répond Pierre Emmanuel ». Texte paru dans Combat, 16 mai 1947, p. 2.

     ... Ils sont beaux, cette année, nos poètes. Celui-ci est un hidalgo à sourire amical. Et certes, son œuvre ne figure pas la tradition toute nue. Pourtant, ses vers n’ont pour sujet ni l’arcane 17, ni la cinquième essence et son verbe aime les métaphores à ricochet.

     « - Je ne crois pas que les deux catégories que vous spécifiez [parler pour les autres, parler pour soi] soient si exclusives l’une de l’autre. Les acquisitions surréalistes sont aujourd’hui intégrées dans toute forme poétique.
     - Avez-vous recours à ces acquisitions ?
     - Certainement.
     - C’est-à-dire qu’il vous arrive d’en appeler à l’inconscient ?
     - Il m’est difficile de me réduire à des coordonnées simples. Ce qui m’épouvante dans le surréalisme, c’est une phrase du "Deuxième Manifeste" qui a été pour moi un antidote à toute expression possible dans cette voie : "L’activité surréaliste n’a pas chance de cesser tant que l’homme saura distinguer un animal d’une flamme ou d’une pierre." C’est le retour au chaos et à la conscience primitive… »


The power of the poet

     Entretien publié dans The Atlantic, n° 187, janvier 1951, p. 74-77.

     "I wish to examine here a general problem, that of the communicability of poetry – or, more precisely, the conditions poetry must fulfil in order to become a common mode of expression and to cease being an idiom for initiates, a sacred but dread language. We are living in a world where the interest of such a discussion may appear quite insignificant to certain minds. Without a doubt, we believe in poetry in general, but the poet, in this heart, doubts the seriousness of what he conceitedly calls his poetic activity, as soon as he becomes attacked by the monstrous sorrow of the world, by the images of war, bombardments, concentration camps, and slums..."


Entretien avec Yves Frontenac

     Entretien publié dans Connaissance des hommes, Printemps 1968.

 

     Yves Frontenac - Comment considérez-vous à notre époque, et en France d’abord, le rôle du poète ?

     Pierre Emmanuel - Le poète ne semble jouer aucun rôle parmi nous. Si l’on s’en tient à l’importance de son public et à la difficulté de communication avec lui, on peut juger que la poésie n’a pas sur les idées, sur le mouvement des consciences, l’influence que peuvent avoir la philosophie et la sociologie, sans parler d’arts comme le cinéma ou même la peinture. La plupart de ceux que l’on interroge sur leurs lectures de poésie sont étonnés de cette question. Il leur arrive, certes, de lire de la poésie, mais cette lecture ne constitue pas pour eux une lecture aussi familière que celle du roman ou de l’essai documentaire par exemple...
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Cinq minutes avec Pierre Emmanuel

Entretien publié dans le Journal musical français, musica-disques, n° 182-183, juillet-août 1969, p. 49.



     « Nous avons demandé, en 1967, au grand poète que fut Marie-Noël, ce que la musique et la poésie avaient de commun. Elle y avait répondu avec spontanéité et savoir, en parfaite musicienne qu’elle était.
     Cette fois Pierre Emmanuel répond à nos questions. Nous avons conscience de présenter à nos lecteurs un texte d’une rare qualité qui allie la science d’un musicien à celle d’un des maîtres incontestés de la poésie contemporaine. L’Académie française ne s’y est d’ailleurs pas trompée en l’appelant parmi les « quarante ». Qu’il nous permette de l’en féliciter, ici, très simplement mais très sincèrement... »

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Le Congrès pour la liberté de la culture et la CIA

     Interview accordée à Mlle Achard le 21 novembre 1976. Le texte présenté ici n'en est qu'un bref extrait, dans lequel Pierre Emmanuel explique son rôle au Congrès pour la liberté de la culture lorsque furent révélés les financements de la CIA.

 

     « C’est en 1967, je crois, qu’ont éclaté les premières révélations sur la CIA. Je ne sais pas si vous vous rappelez qu’une revue qui s’appelait Ramparts, qui était une revue de la côte ouest américaine commençait à publier une série d’articles où l’on montrait l’influence de la CIA dans l’ensemble des milieux intellectuels occidentaux, particulièrement en Europe. Et un certain nombre d’organisations étaient désignées nommément : organisations syndicales, organisations de juristes, d’avocats, même Amnesty International. Et le Congrès pour la liberté de la culture était désigné comme ayant reçu de l’argent de la CIA, par l’intermédiaire de fondations américaines, lesquelles fondations étaient en quelque sorte les canaux d’acheminement des subsides… »
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« Les dernières interrogations de Pierre Emmanuel »

     Cet entretien inédit avec Pierre Emmanuel a été réalisé en octobre 1983 par Damien Pettigrew et Christian Berthault. Il fut publié dans Le Monde du 7 octobre 1984, p. 13.

     « Quand et comment vous mettez-vous à écrire de la poésie ?
     – J’aime écrire la nuit à partir de 21 h 30. Les distractions du jour se sont dissipées et vous vous concentrez mieux. Je travaille avec une machine à écrire. Je commence dans un nuage d’images, avec seulement une vague idée de ce que je veux dire, et qui me permet de développer un thème. Le problème, c’est toujours le premier vers. Quand le premier vers est là, le reste vient, comme aux dominos. Le premier vers vient quelquefois en une explosion d’inspiration, ou une longue méditation silencieuse. Le premier vers commence l’image. Une grande image souvent, qu’il faudra toute la nuit pour développer. Quand je ne suis pas satisfait du résultat, je recommence. Il m’arrive rarement d’être satisfait, et j’utilise des montagnes de papier… »

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