PIERRE EMMANUEL

Le P.E.N. Club

     En 1969 Pierre Emmanuel est président du Comité directeur de l’organisation internationale des P.E.N. Clubs ; il est élu président du P.E.N. Club français à la fin de son mandat international, en 1973.

     Le P.E.N. Club est une association d’écrivains internationale, apolitique et non gouvernementale, qui a pour but de « rassembler des écrivains de tous pays attachés aux valeurs de paix, de tolérance et de liberté sans lesquelles la création devient impossible ». Sa charte affirme : « En toutes circonstances, et particulièrement en temps de guerre, le respect des œuvres d’art, patrimoine commun de l’humanité, doit être maintenu au-dessus des passions nationales et politiques. »

     Ces idées sont chères à Pierre Emmanuel, qui affirme en 1973 à Maurice Schuman : « Vous avez choisi de vous situer sur le terrain de la politique ; je choisis de me situer sur un autre terrain qui est celui de la valeur absolue de la liberté de pensée et de la solidarité que tous les hommes de pensée se doivent entre eux » (Émission radiophonique).


     « La Charte du P.E.N. est faite de grands mots. Ils sont votre viatique pour l’œuvre commune : ils vous fortifient dans la mesure exacte de votre foi en eux. Avouons-le : les choses étant ce qu’elles sont, cette foi a quelque chose de dérisoire. Tout se ligue pour la rendre inopérante, et les intellectuels ne sont pas les derniers à mettre en pièces cet humanisme que nous voulons attester.

     (…) À vues humaines, il est douteux quaucun de nous voie la vérité du langage pleinement restaurée dans ses pouvoirs. Mais respecter les mots pour ce qu’ils veulent dire, et non pas les ravaler à ce que nous voudrions qu’ils disent, ou qu’on voudrait nous faire dire par eux, est une tache spirituelle de toujours, et qui peut mener loin son homme. Nous savons tous le prix dont se paie, sous diverses latitudes, le courage de l’esprit. Ce prix peut être payé par des hommes seuls ou par des nations entières, qui n’ont le choix qu’entre se trahir ou mourir ; mais c’est mourir pour revivre. L’injustice dont ils sont les victimes et dont ils triomphent par leur témoignage contre elle, nous la voyons inscrite dans la forme actuelle de l’univers, dans les rapports de puissance qui, de plus en plus, prétendent le régir. Quelles que soient les justifications qu’elle se donne, nous ne pouvons accepter cette injustice. »

                                 Marginales , 141-142, novembre-décembre 1971

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